Comment Michelin va fabriquer des pneus 100 % durables dès 2050 ?

L’équipementier français le promet. En 2050, 100 % les pneus Michelin seront composés de matériaux durables. Comment compte-t-il s’y prendre pour relever un tel défi ?

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Michelin pneu
En 2050, les pneus Michelin seront composés de 100% de matériaux durables (renouvelables, recyclés ou biosourcés).

Il y a d’abord eu les "pneus verts" dans les années 90. Puis les "Durables Technologies", en 2006, destinés aux poids lourds, qui se régénèrent au fur et à mesure de leur usage. Enfin, en 2017, Michelin présentait à Montréal, au Québec, son prototype baptisé "Vision", tout droit sorti du futur : un pneu sans air, connecté, rechargeable et 100 % recyclable. Désormais, le groupe s’engage publiquement en annonçant des pneus 100 % durables d’ici 2050 sur l’ensemble de ses gammes.

Un objectif faussement lointain, tant le défi semble compliqué à relever. "2050 est une date clé communément admise. Elle correspond à plusieurs cycles de progrès d’une dizaine d’année chacun. Nous nous projetons à cette échéance en nous disant que cette ambition est atteignable", décrypte Cyrille Roget, directeur de la communication scientifique et innovations Michelin.

Seuls 30 % des pneus actuels sont recyclables

Pourtant, la route semble encore longue. A lui seul, un pneu comprend plus de 200 ingrédients. Outre le caoutchouc naturel - l’ingrédient principal - il comprend aussi du caoutchouc synthétique, du métal, du textile, du noir de carbone, de la silice, ou encore des plastifiants. Un cauchemar pour la planète ! Même si près de 30 % des pneus sont déjà composés de matériaux durables, d’origine naturelle ou recyclés, reste encore un long bout du chemin à parcourir… "Nous pensons que nous sommes capables de supprimer de la chaîne de fabrication tous les éléments qui ne sont pas actuellement recyclés, recyclables ou bio-sourcés. Est-ce que toutes les technologies sont là? A ce stade, Non! Il faut être honnête. Est-ce que toutes les technologies vont être capables de déboucher sur un procédé industriel, rien n’est sûr mais nous mettons tout en œuvre pour réaliser cette ambition ", poursuit Cyrille Roget.

Dès lors, comment Bibendum compte-t-il s’y prendre ? Fort de ses 6 000 ingénieurs, chercheurs, chimistes, développeurs, répartis sur sept centres de R&D dans le monde, Michelin pense disposer d’une force de frappe importante... mais insuffisante. "Nous sommes conscients que la vitesse et la nature des innovations nécessitent de nouvelles coopérations. Nous avons noué des partenariats avec des entreprises et des start-up innovantes dont les avancées offrent des perspectives sans limite".

Des partenariats stratégiques

Ainsi, des accords majeurs ont déjà été conclus avec les sociétés Axens et IFP Energies Nouvelles, fers de lance du projet BioButterfly, depuis 2019, qui ont vu émerger des avancées sur la production de butadiène bio-sourcé en remplacement de celui issu du pétrole. Autre projet signé en novembre 2020, le partenariat avec la société canadienne Pyrowave, visant à produire du styrène recyclé à partir de plastiques présents par exemple dans les emballages (pots de yaourt, barquettes alimentaires), ou les panneaux isolants. "A terme, plusieurs dizaines de milliers de tonnes de déchets en polystyrène pourraient être recyclés dans les produits d’origine ainsi que dans les pneus Michelin chaque année".

Plus récemment encore, Michelin s’est rapproché de la start-up Carbios (elle aussi née en Auvergne) à l’origine d’un procédé révolutionnaire permettant de recycler à l’infini les objets composés de plastique PET, grâce à une enzyme gloutonne. "Potentiellement, 4milliards de bouteilles plastiques pourraient être recyclés dans les pneus Michelin chaque année", annonce la manufacture qui a proposé à Carbios d’intégrer l’un de ses sites industriels à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).

Les premiers au monde ?

Enfin, Michelin a annoncé en février 2021 la construction de sa première usine au monde de recyclage de pneumatiques génie civil avec Enviro. Cette société suédoise a développé une technologie brevetée permettant de récupérer le noir de carbone, l’huile de pyrolyse, l'acier et le gaz des pneus usagés et génère de nouvelles matières réutilisables de haute qualité. Ces matières régénérées pourront être réintégrées dans plusieurs types de production à base de caoutchouc.

Michelin, qui produit 100 millions de pneus par an, en est convaincu, le tout durable dans trente ans est un pari à sa portée. "Le but est bien sûr d’être les premiers au monde à réussir, confie Cyrille Roget. Cette ambition n’est pas basée sur du vent mais sur les projets concrets déjà engagés. Nous avons des éléments très solides pour donner de la crédibilité à nos annonces. Toutes ces révolutions technologiques amènent de l’espoir."

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