L’étang de Berre (enfin) en piste pour une réhabilitation

Comment concilier respect des milieux de l’étang de Berre et impératifs de production énergétique renouvelable ? Une expérimentation pour quatre ans est lancée à la suite d’une médiation pénale entre EDF et le GIPREB, syndicat mixte de réhabilitation de l’étang.

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Etang de Berre - En arrière-plan la centrale de Saint-ChamasJC Barla
Jusqu’en 2027, la centrale hydroélectrique EDF de Saint-Chamas (en arrière-plan) ne turbinera plus en été pour préserver l’état écologique de l’étang de Berre.

«Un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès» disait Balzac. EDF et le Groupement d’intérêt public pour la réhabilitation de l’Etang de Berre (GIPREB) espèrent bien que leur «arrangement» officialisé le 16 septembre renverra aux oubliettes leur conflit judiciaire, entamé en 2018, et aidera l’étang de Berre (Bouches-du-Rhône) à retrouver une santé durable.

Début 2023, les deux parties avaient accepté une médiation pénale avec Jean-Yves Lourgouilloux, procureur de la République adjoint, en charge des questions environnementales au tribunal judiciaire de Marseille. Elle a débouché sur un protocole porteur de promesses qui prévoit une adaptation saisonnière des rejets d’eau douce par la centrale hydroélectrique d’EDF à Saint-Chamas dans la deuxième lagune marine européenne par sa superficie.

Turbinage stoppé en été

L’énergéticien conserve son autorisation annuelle de rejets d’1,2 milliard de mètres cubes et 60 000 tonnes de limons pour assurer, en cas de pic de consommation, la production hydroélectrique de la chaîne Durance-Verdon dont cette centrale est le dernier maillon. Mais Saint-Chamas ne turbinera plus du 1er juin au 31 août, période très sensible pour les milieux naturels de l’étang, et dans des volumes limités et soumis à des conditions de respect de taux de salinité, entre le 1er avril et le 31 mai et du 1er au 15 septembre. Au-delà, pendant l’automne et l’hiver, les rejets seront autorisés, sous la seule réserve de ne jamais voir la salinité passer en-dessous de 15 grammes par litre. Un suivi scientifique en évaluera les effets. Selon EDF, 6 millions de kWh d’énergie renouvelable auraient été perdus depuis 2006 à cause des restrictions imposées pour préserver l’étang de Berre.

Contraint mais plus flexible

Directeur général du GIPREB, Raphaël Grisel se réjouit qu’EDF ait mis en œuvre cet été les fondements de cet accord. L’étang s’en est mieux porté malgré les fortes chaleurs en Provence. «En cette sortie d’été, la salinité est de 30 grammes par litre, le taux jugé le plus favorable au respect des milieux. Nous revenons maintenant au régime habituel de rejets, en fonction des besoins énergétiques et des conditions climatiques. Nous espérons qu’EDF n’aura pas cet hiver la nécessité de turbiner à fond car l’étang évolue favorablement». Pour Pascale Sautel, directrice Concessions-EDF Hydro Méditerranée, l’accord, applicable jusqu’en 2027, découle d’un «dialogue constructif et gagnant-gagnant». «Par rapport à la situation antérieure, nous ne devons certes plus turbiner en été, mais nous retrouvons une plus grande souplesse et flexibilité d’exploitation en période hivernale, grâce à des contraintes allégées sur nos quotas hebdomadaires. C’était d’une importance primordiale de défendre cette production décarbonée, principale source d’énergie renouvelable de la région».

Un projet de plus grande ampleur

L’étape, majeure pour sauver l’étang de Berre, reste «transitoire» pour le GIPREB, «complémentaire» pour EDF. Les études se poursuivent en parallèle pour la réalisation d’une dérivation des eaux qui garantirait la production électrique, protégerait la lagune et comblerait d’autres usages (agriculture, industrie, reconstitution de nappes phréatiques, alimentation en eau potable…). Des annonces pourraient intervenir en 2025 après une pré-concertation sur les pistes envisagées. Le projet coûterait entre 1 et 1,7 milliard d’euros. «S’il se concrétise, nous pourrons aller chercher 460 GWh de production supplémentaire en nous libérant des contraintes sur les centrales de Salon-de-Provence et Saint-Chamas», indique Pascale Sautel. Mais comme Raphaël Grisel, elle admet que cette réalisation s’inscrit «dans un temps plus long».

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