EDF prépare ses centrales au réchauffement climatique. L’énergéticien a assuré en conférence de presse, le 16 mai, vouloir tout faire pour se conformer au plan eau du gouvernement, et aux économies en eau demandées. "Notre approche sur le climat a connu un tournant avec la canicule de 2003, qui a vu l’entrée en vigueur d’un plan de gestion de l’eau et des aléas climatiques, retrace Alexandre Marty, à la tête de la division climat et ressources naturelles. Le risque climatique est intégré comme un risque majeur du groupe depuis 2018."
La montée des températures ne menace pas jusqu’ici le bon fonctionnement des centrales elles-mêmes, qui n’ont pas été affectées par les canicules à répétition des derniers étés. "Les déserts centraux d’Arabie saoudite ou des Etats-Unis accueillent bien des centrales, dont il faut qu’on s'inspire", illustre Cécile Laugier, directrice prospective et environnement du parc nucléaire d'EDF. Même chose pour le nouveau nucléaire, comme le précise Hervé Cordier, de la Direction de l'ingénierie et des projets nouveau nucléaire : "A l’heure actuelle, aucun site de nouvel EPR n’est exclu, les nouveaux modèles fonctionnent partout." Le réchauffement climatique a en revanche des conséquences sur l’implantation de ces réacteurs, puisqu’une marge de sûreté supplémentaire d’un mètre est prise en compte dans la construction des sites en bord de mer, afin de prévenir l’élévation du niveau des eaux.
Les expérimentations-clefs de Bugey et Civaux
Pour se conformer au plan eau du gouvernement, présenté en mars dernier, EDF compte faire des économies sur la consommation de ses centrales, en particulier les trente réacteurs implantés près d’un cours d’eau et refroidis par des tours aéroréfrigérantes. "On cherche à récupérer la vapeur d’eau du panache pour la recondenser et en récupérer une partie", explique Cécile Laugier. En circuit fermé, seuls 70% de l’eau brute est en effet restituée, contre 100% en circuit ouvert. "Grâce à l’aéroréfrigérant, la thermie du fleuve avoisinant est préservée", poursuit la responsable d’EDF, mais la consommation d’eau augmente. Une installation expérimentale visant à tester différents modèles de sources froides, soit les corps d’échange des aéroréfrigérants, est déjà en place sur la centrale de Bugey (Ain).
Quant aux EPR2, les études de conception de la source froide des nouveaux réacteurs prévoient le prélèvement en rivière d’environ 10m3/s d’eau, dont 8 m3/s sont restitués, soit un débit "plus de dix fois inférieur à celui d’une installation en bord de mer", qui restitue toute l’eau. "Ce gain est notamment obtenu par l’utilisation de tours aéroréfrigérantes pour le refroidissement", souligne EDF.
EDF EDF réfléchit aussi à augmenter les capacités de stockage des réservoirs d’effluents de ses centrales, un projet qui concernait uniquement la centrale de Civaux (Vienne) jusqu’à présent. Une veille technologique sur le sujet, qui doit coïncider avec le cinquième réexamen périodique du réseau, a également été lancée. Ces mesures s’ajoutent à celles déjà prises depuis le plan grand chaud de 2003, notamment une baisse de la consommation en eau des aéroréfrigérants, l’ajout de groupes froids et l’augmentation du débit des ventilations. D’après des données du ministère de la Transition écologique, 12% de l’eau douce consommée en France entre 2010 et 2019 était destinée au refroidissement de l’ensemble des centrales électriques.
Des normes déjà obsolètes du fait du réchauffement ?
L’énergéticien cherche aussi à atténuer ses pertes de production électrique pour raisons environnementales. En cas de fortes chaleurs, celui-ci se voit en effet contraint de limiter la puissance de ses réacteurs pour éviter de trop réchauffer les cours d’eau. Depuis 2000, les ajustements de production ont représenté 0,3% de la production annuelle du parc nucléaire, et pourraient grimper jusqu’à 1,5% en 2050. Les critères de l’Autorité de sûreté nucléaire et le Code de l’environnement prévoient certes des exceptions en cas de "situation exceptionnelle", comme une forte demande d’électricité, mais EDF souhaite aller plus loin.
Le groupe plaide pour une réglementation calquée sur le niveau d’échauffement des cours d’eau, et non sur une norme irrévocable, établie avant que le changement climatique ne bouleverse la thermie des fleuves. Cécile Laugier cite l’été 2022 comme exemple, où la surveillance des écosystèmes à Bugey, Saint-Alban (Haute-Garonne), Tricastin (Drôme) et Golfech (Tarn-et-Garonne) "ont montré que les variations de température sur la faune et la flore n’ont pas perduré au-delà de l’été". Les travaux d’EDF depuis 40 ans en thermie et hydrobiologie, soutient-elle, ont en outre montré que les effets du réchauffement sur les cours d’eau sont "ténus et localisés sur les centrales".
EDF L’énergéticien répond ainsi à l'Autorité de sûreté nucléaire et à la Cour des comptes, qui ont récemment épinglé l’entreprise pour sa lenteur d’adaptation au changement climatique. La première recommandait l’étude de systèmes de refroidissement plus économes en eau pour les nouveaux réacteurs nucléaires, tandis que la seconde conseillait dans son rapport de mars d’augmenter les stockages d’effluents. Le temps presse : d’après le coefficient d’hydraulicité établi par EDF, qui remonte à 1960, 2022 a été l’année la plus sèche jamais enregistrée.



