Enquête

L’extinction de la centrale à charbon de Cordemais, un futur grand vide en bord de Loire

L’arrêt de la centrale à charbon de Cordemais, au plus tard en 2026 (sauf rebondissement lié à la crise européenne de l'énergie), laissera une emprise de 130 hectares sur la rive nord de la Loire et près de 500 salariés sans emploi. Les projets de réindustrialisation restent à inventer.

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Stockage énergétique, nucléaire... Le sort de la centrale, qui cessera de produire de l’électricité au plus tard en 2026, n’est pas encore fixé.

La fin d’Ecocombust, à l'été 2021, a sonné le glas de la centrale électrique de Cordemais, dont les cheminées dominent depuis un demi-siècle la Loire, en aval de Nantes (Loire-Atlantique). A moins que le nouvel appel à manifestation d'intérêt lancé mi-février par le ministère de la Transition écologique lui offre une nouvelle chance. Après cinq ans de R&D, EDF et Suez, son partenaire industriel, avaient dû tirer un trait sur ce projet qui visait à transformer la centrale à charbon en usine de pellets, des combustibles composés de déchets de bois. La facture de 135 millions d’euros s’annonçait salée pour une aventure sans perspective de rentabilité, selon EDF. La crise russe pourrait remettre le projet sur les rails... mais rien n'est encore fait.

Dès lors, l’unité doit normalement s’éteindre en 2024, voire en 2026, avec un temps d’exploitation réduit. C’est l’ultime répit accordé afin de sécuriser le réseau d’approvisionnement en électricité dans l’Ouest. Cette fermeture provoquera un grand vide. Le site, qui occupe 130 hectares sur la rive nord du fleuve, emploie encore 330 agents EDF. Ils étaient 550 il y a vingt ans. À l’horizon 2024, l’effectif sera amputé de 100 postes. De surcroît, le sort de 150 sous-traitants et fournisseurs permanents est en jeu.

Image d'illustration de l'articlePascal Guittet
EDF Projet Ecocombust centrale à charbon de Cordemais Loire-Atlantique EDF Projet Ecocombust centrale à charbon de Cordemais Loire-Atlantique (Guittet Pascal/Guittet Pascal)

EDF et Suez ont mis fin au projet de conversion Ecocombust, jugé trop onéreux. Mais ce dernier pourrait être relancé. © Pascal Guittet

Dix ans de déconstruction

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Après l’extinction, dix ans seront nécessaires pour déconstruire la centrale, prévient EDF, qui précise que « chaque salarié sera accompagné dans la concrétisation du projet professionnel et personnel qui sera le sien, adapté aux besoins du groupe et correspondant au mieux à ses aspirations ». Pour la CGT, ces reclassements se feront essentiellement sur le parc nucléaire, « c’est-à-dire hors de la région », s’inquiète Gwénaël Plagne, qui représente ce syndicat. Quant aux 150 sous-traitants, « rien n’est fait pour eux », déplore-t-il. Ils devront donc se tourner vers un marché de l’emploi heureusement dynamique sur l’axe Nantes-Saint-Nazaire.

Il est certain qu’EDF ne laissera personne sans solution. Le problème, c’est la mobilité qui n’est pas vécue de façon heureuse.

—  Anne-France Brunet, députée (LREM) de la troisième circonscription de Loire-Atlantique

« Il est certain qu’EDF ne laissera personne sans solution. Le problème, c’est la mobilité qui n’est pas vécue de façon heureuse », confirme Anne-France Brunet, la députée (LREM) de la circonscription. « Il faudra bien faire quelque chose de ce site », souligne la parlementaire, qui évoque la possibilité d’installer du stockage énergétique en lien avec les électrolyseurs des champs éoliens offshore. Mais aucun projet n’est encore assuré et les études restent à mener. Ce vaste domaine à bord de quai ne manque toutefois pas d’intérêt pour des projets à inventer.

Des marques d’intérêt d’industriels

De son côté, la CGT veut toujours croire à Ecocombust, faisant mention de marques d’intérêt d’industriels, et imagine même une prolongation de la centrale. La CGT attend pour se prononcer sur l’hypothèse d’une « petite centrale nucléaire » de type SMR (small modular reactor) émise par Christelle Morançais, la présidente (LR) des Pays de la Loire.

Maire de Cordemais, Daniel Guillé (sans étiquette) n’est pas hostile à un tel projet. En attendant, l’élu mesure surtout le manque à gagner fiscal, la centrale représentant 40 % du budget de sa commune. Le SMR déclenche déjà un débat en Loire-Atlantique, où les ZAD (zones à défendre) sont promptes à fleurir. Sur l’autre rive de la Loire, au Carnet, jadis pressenti pour accueillir une centrale nucléaire, les défenseurs de l’environnement ont récemment mis en déroute un projet portuaire lié aux énergies renouvelables.

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