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L'étage principal de la première Ariane 6 en route pour Kourou, ArianeGroup vise la montée en cadence industrielle

L’étage principal de la première fusée Ariane 6, fabriqué aux Mureaux (Yvelines) par l’industriel ArianeGroup, doit rejoindre la base de lancement de Kourou (Guyane) en février. Le fabricant espère produire 6 lanceurs Ariane 6 en 2025, 8 en 2026 et 9 en 2027, pour répondre à un carnet de commandes de 30 fusées.

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étage principal Ariane 6 sur le site des Mureaux
Plus de deux ans sépareront la fixation des premiers boulons d'Ariane 6 de son assemblage sur le pas de tir de Kourou en Guyane.

«Derrière cette porte, c’est Kourou», lance Yorick Mathias, chef de projet d’ArianeGroup, les yeux brillants. Agrippé à la passerelle, l’ingénieur surplombe l’étage principal de la fusée Ariane 6, un long tube blanc allongé de plus de 20 mètres de long, dans le site industriel des Mureaux (Yvelines). Il pointe vers l’immense porte déroulante par laquelle l'équipement rejoindra la Guyane durant la première quinzaine de février. En attendant, les ingénieurs du fabricant ArianeGroup soumettent l'étage du lanceur à de derniers tests.

L'étage principal de la première fusée Ariane 6, fabriqué aux Mureaux, doit atteindre la Guyane fin février à bord du voilier Canopée. Il sera transporté aux côtés de l’étage supérieur assemblé, lui, à Brême, en Allemagne. La coiffe, assemblée en Suisse, et les principaux composants des boosters, fabriqués entre l’Aquitaine, l’Espagne et l’Italie, attendent déjà en Guyane. Les propulseurs seront, eux, assemblés directement là-bas.

L'assemblage des principaux éléments se fera directement sur le site de lancement d'Ariane 6, à Kourou (Guyane).

Six mois entre le vol inaugural et le premier vol commercial

La nouvelle fusée Ariane 6 doit effectuer son vol inaugural entre mi-juin et fin juillet 2024 depuis la base de Kourou en Guyane. La coiffe de 14 mètres du lanceur emportera des mini-satellites dédiés à la recherche. Le deuxième tir – le premier pour un client – sera effectué six mois plus tard, fin 2024. Il emportera en orbite le satellite espion français CSO-3.

Les six mois séparant le vol inaugural du premier lancement commercial serviront à analyser l’ensemble des données collectées. «Ce premier vol sera beaucoup plus complexe à analyser que les autres, justifie François Deneu, responsable du programme Ariane 6. Les données seront remontées par environ 1 000 capteurs, contre 500 sur les autres vols.»

Carnet de commandes de 30 fusées Ariane 6

ArianeGroup, le maître d’œuvre industriel de la nouvelle fusée Ariane, doit néanmoins aller vite. Le carnet de commandes de la société commerciale Arianespace cumule désormais 30 fusées Ariane 6 – dont 18 consacrées à la constellation de satellites Kuiper d’Amazon.

La pression sur ArianeGroup est d’autant plus forte que le programme Ariane 6 dépasse les trois ans de retard. Le lanceur devait effectuer son premier vol en 2020. Le dernier exemplaire d’Ariane 5 a été lancé en juillet 2023 et le nouveau lanceur Vega C est cloué au sol depuis son échec en décembre 2022.

40% d'économies par rapport à Ariane 5

La montée en cadence industrielle d’ArianeGroup sera progressive, avec 6 fusées produites en 2025, 8 en 2026 puis 9 en 2027. Quinze sont déjà en cours de fabrication. L’industriel indique pouvoir atteindre capacité de production de 12 unités par an. La chaîne de production d’Ariane 5 faisait deux fois moins.

«Pour gagner en productivité, nous travaillons sur l’étage principal à l’horizontale», explique Yorick Mathias. «Le travail en vertical sur Ariane 5 comportait d’importants coûts liés à l’installation d’échafaudages. On devait également basculer à l’horizontale l’étage principal sur certaines étapes. L’opération augmentait les risques de défauts de fabrication.» Au-dessus de l’ingénieur, le plafond du hangar de l’usine culmine à 25 mètres de hauteurs, deux fois moins que celui d’Ariane 5. «Nous avons réussi notre pari en atteignant un facteur d’économie de 40% sur Ariane 6 par rapport à Ariane 5», pointe Franck Huiban, directeur des programmes civils d’ArianeGroup.

Test de l'étage principal sur un banc de contrôle

Yorick Mathias s’arrête au milieu de la passerelle et pointe le doigt en l’air. Un son strident vient de jaillir de l’étage principal. «Il s’allume», lance, enthousiaste, l’ingénieur. «Ce sont les ventilateurs», indique-t-il. Ceux-ci refroidissent les circuits électriques et les capteurs à l’allumage de l’étage.

Au même moment, un banc de contrôle simule le comportement de l’étage principal des Mureaux avec les autres parties de la fusée. Elles sont pourtant physiquement absentes du site industriel. «Nous n’avions pas cette technologie pour Ariane 5. Il fallait alors attendre que tout soit en Guyane pour effectuer certains tests grandeur nature, explique Gilles Debas, chef de projet d’Ariane 6. Les principaux systèmes de la chaîne de production avaient été figés depuis son premier vol, en 1996.»

Une console permet, par exemple, de mesurer le temps de réponse entre une manœuvre de pilotage et la réponse du braquet du moteur. Ce temps doit être pratiquement proche de zéro. «Faire décoller une fusée, c'est comme pousser un stylo dressé au bout de son doigt, illustre Yorick Mathias. L'instabilité est telle qu'il faut une réponse immédiate des moteurs aux commandes.»

Un nouveau test a été effectué avec succès le 30 janvier 2024 sur les systèmes cryogénique du modèle d’essai de la fusée Ariane 6. Celui-ci est toujours dressé sur le pas de tir de Kourou en Guyane. Il devrait être démantelé dans les semaines à venir pour laisser sa place à la fusée inaugurale.

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