Le programme Ariane 6 a bien failli s’arrêter, révèle un grand patron du secteur spatial en Europe... Sûrement avec une certaine dose d’exagération. Toutefois, les propos sont révélateurs de l’extrême tension qui a régné ces derniers mois entre les acteurs clés à la tête du programme Ariane 6 : l’agence spatiale européenne (ESA), ArianeGroup, le maître d’oeuvre industriel du programme et le CNES, avec les sous-traitants qui fournissent des pièces clés du lanceur.
Le patron du Centre national d’études spatiales, Philippe Baptiste évoque même un programme «pris en otage» par certains fournisseurs. Car certains sous-traitants avaient drastiquement augmenté leurs coûts. De combien ? Jusqu’à près de 60% pour certains, justifiant leur demande par l’explosion de l’inflation, la hausse des prix de l’énergie…
Les magnificent seven
De quels fournisseurs parle-t-on ? Une poignée seulement. «Les magnificent seven» comme les surnomme ironiquement Olivier Andriès, patron de Safran, accessoirement actionnaire à 50% d’ArianeGroup. Une référence directe au film "Les 7 mercenaires", mais qui s'explique uniquement par leur nombre, sûrement pas pour leur capacité à affronter l’adversité. Ils sont à l’image de la supply chain d’Ariane, localisés dans toute l’Europe : en Suisse, en Suède, en Italie, et même en Espagne à travers une filiale d’Airbus, pourtant co-actionnaire d’ArianeGroup à 50% ! Et aussi… en Allemagne. Dont un certain OHB qui pèse pour près de 10% du programme Ariane en termes de fourniture de composants.
Comment ces fournisseurs ont-ils réussi à imposer leur loi? «Ils se retranchent derrière le retour géographique pour ne faire aucun effort», explique-t-on. Kesako ? Cette pratique, fondatrice de l’Europe spatiale au début des années 70, est un dispositif efficace pour inciter les différents pays européens à financer l’ambition spatiale européenne. Si un pays investit X% dans un programme spatial, il est assuré de récupérer X% de la charge industrielle associée. Toutefois, avec le temps, la pratique a pu se révéler contreproductive, surtout quand la solidarité européenne s’est effilochée, chaque grand pays européen défendant ses intérêts propres : Ariane 6 pour la France, les minilanceurs pour l’Allemagne, la fusée Vega pour l’Italie.

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le retour géographique, une pratique dévoyée ?
Avec des coûts qui s’envolent, comment alors s’en sortir face à SpaceX et ses fusées réutilisables à prix cassés? Les pays européens n’ont eu d’autres choix que d’éponger les surcoûts. Comment ? En jouant sur la subvention qui permet d’équilibrer les comptes d’Ariane 6. Une pratique ancienne pour les Européens qui rappellent que la société d’Elon Musk est elle-même subventionnée…à la sauce américaine. SpaceX facture en effet beaucoup plus chers ses lancements pour la NASA et le gouvernement américain que ceux soumis à la concurrence.
Mais cette fois-ci, la facture du retour géographique dévoyé s’est trouvée rudement salée pour les membres de l’ESA. On en a eu une petite idée au dernier sommet spatial européen de Séville de novembre dernier. Les Etats membres de l’ESA se sont engagés à augmenter significativement la subvention à Ariane 6, passant de 140 millions à 340 millions d’euros par an. Tout finit par se payer d’une manière ou d’une autre...



