Ariane 6 devrait voler à l’été 2024 mais sa montée en puissance prendra du temps

Le futur lanceur européen Ariane 6 devrait effectuer son premier vol test entre le 15 juin et fin juillet 2024 et son premier vol commercial d’ici la fin de l’année prochaine. La montée en puissance industrielle pour atteindre la pleine cadence de 9 à 10 tirs par an prendra du temps.

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Portique Ariane 6
Ariane 6 devrait effectuer deux vols en 2024. Arianespace a déjà vendu 28 tirs auprès de clients privés comme institutionnels.

Ariane 6 s’approche encore un peu plus de son pas de tir pour un vrai décollage. Pour la première fois depuis deux ans et demi, l’Agence spatiale européenne a communiqué une nouvelle date pour le tir inaugural de la fusée européenne. «A condition que nous ne rencontrions pas de nouvelles difficultés, nous prévoyons un premier tir entre le 15 juin et fin juillet de l’année 2024», a indiqué Jospeh Aschbacher.

Le directeur général de l’ESA (Agence spatiale européenne, ndlr) s’exprimait le 30 novembre depuis le siège parisien de l’agence à l’occasion d’une conférence de presse. Pour son premier tir qui fera office de test grandeur nature, une fusée Ariane 6 équipée de deux boosters, mettra sur orbite des petits satellites. Le premier vol commercial devrait intervenir quelques mois plus tard, avant la fin de l’année 2024. Il devrait embarquer le satellite espion CSO 3 des armées françaises, qui aurait dû être lancé en 2022.

Le premier exemplaire de vol arrivera à Kourou en février

Avec cette annonce très attendue, l’Europe spatiale est passe de sortir d’une crise inédite qui dure depuis plus de trois ans. En effet, le vol inaugural était prévu à l’origine fin 2020 mais le programme a rencontré des difficultés techniques. Ce retard est tel que les Etats membres de l’ESA n’ont plus de lanceurs européens pour lancer leurs propres satellites et doivent faire appel aux services de leur concurrent SpaceX !

Pourquoi une telle confiance désormais dans le programme ? Les techniciens de l’ESA et de ses partenaires ont dépouillé les données du test à feu intervenu le 23 novembre à Kourou. Il s’agissait d’un test critique puisque tout le fonctionnement de l'étage principal de la fusée, hormis l’allumage des boosters, a été testé sur le pas de tir à Kourou avec la mise à feu durant plus de 7 minutes de son moteur Vulcain 2.1. «L’analyse des données du test à feu montre que tout s’est passé comme prévu», se félicite Toni Tolker-Nielsen, directeur du transport spatial pour l’ESA.

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La prudence reste toutefois de mise. Il reste encore quelques tests à feu à réaliser. Ces tests concernent aussi bien l’étage supérieur que l’étage principal et seront menés respectivement dans les installations du DLR, le centre spatial allemand à Lampoldshausen le 7 décembre prochain et sur le pas de tir au Centre spatial guyanais le 15 décembre prochain. «Ces tests sont nécessaires pour la qualification du premier vol (…)» a précisé Martin Sion, directeur général d’ArianeGroup. Cela doit permettre de valider la robustesse du design du lanceur même dans des conditions de fonctionnement dégradées.

Dérapages des coûts chez les sous-traitants

Le premier exemplaire de vol d’Ariane 6 devrait rejoindre Kourou par bateau au plus tard début février. Pour Stéphane Israël, PDG d’Arianespace, le ciel s’éclaircit. «Nous avons 28 fusées Ariane 6 en carnet de commandes. C’est la meilleure démonstration de la compétitivité de notre nouvelle fusée». Ariane 6, grâce à ses deux configurations, l’une avec deux boosters (A62) et l’autre avec quatre boosters (A64) peut répondre aux besoins des clients institutionnels comme des clients privés. Que ce soit pour lancer des constellations de minisatellites en orbite basse comme pour son client Amazon ou pour mettre en orbite géostationnaire des gros satellites de télécommunications.

Toutefois, les clients d’Ariane 6 devront encore patienter. La montée en puissance, le fameux ramp-up industriel, prendra du temps. Il faudra être patient pour atteindre la pleine cadence soit environ 9 à 10 lancements d’Ariane 6 par an. Combien de temps  exactement ? ArianeGroup, maitre d’œuvre industriel du programme, botte pour l’instant en touche. «A chaque nouvelle fusée, on va optimiser le temps nécessaire pour l’intégration. (…) Un ramp-up industriel c’est un challenge qui mobilise l’ensemble de la supply-chain. Il faut qu'on monte en maturité avec nos partenaires industriels pour être capables de sécuriser ce ramp-up», explique prudemment Martin Sion.

Cela n’aura-t-il pas pu être anticipé au vu des trois années de retard ? Non selon l’industriel qui explique que les fusées ne sont pas prévues pour être stockées ! Autre difficulté et non des moindre : un risque de dérapage au niveau des coûts. «Nous n’accepterons pas le fait que des fournisseurs prennent le programme en otage. Certains ont augmenté drastiquement leurs coûts. Ce n’est pas acceptable», déplore Philippe Baptiste, président du CNES. Jusqu’à 60% d’augmentation dans certains cas ! Or à l’occasion de la conférence spatiale qui s’est tenue début novembre à Séville, ArianeGroup s’est engagé à baissé de 11% les coûts  de production du lanceur en échange d’un nouvelle aide publique pour équilibrer l’exploitation du lanceur et de la garantie d’un minimum de tirs institutionnels par an.

Le premier vol d’Ariane 6 ne sera qu’une étape. Pour l’ESA, ArianeGroup et Arianespace, la route pour transformer ce programme en véritable succès est encore longue.

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