L’ESA annonce de nouveaux accords et de nouvelles dates de test pour Ariane 6

Entre l’annonce de nouvelles dates de test pour Ariane 6 et des accords commerciaux avec la Pologne et le Royaume-Uni, l’Agence spatiale européenne (ESA) tente de garder la face à l'issue de son conseil des 18 et 19 octobre.

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Test mise à feu Ariane 6
Ariane 6 devait initialement être opérationnelle en 2020, selon le calendrier d'ArianeGroup. L'agenda vise désormais 2024.

Toujours regarder le verre à moitié plein. Le test à feu de longue durée de l’étage principal d’Ariane 6, comprenant 8 minutes de fonctionnement de son moteur principal Vulcain 2.1, se tiendra le 23 novembre à Kourou en Guyane. «Les problèmes du groupe hydraulique sont en bonne voie de résolution», s’enthousiasme Josef Aschbacher, directeur général de l'Agence spatiale européenne (ESA) lors de la clôture de son 317e conseil du 18 et 19 octobre. L’Autrichien fait référence à la panne qui avait empêché le test du lanceur de se dérouler le 3 octobre dernier. Ce dernier test qualificatif décidera de la période estimée du premier lancement dans l’espace d’Ariane 6 en 2024.

Pour accélérer son planning, l’ESA avance son test des fonctions du système de lancement – qui devait initialement avoir lieu après le test à feu de longue durée. L’essai, également qualificatif et d’une durée de 36 heures, sera effectué lundi 23 octobre en Guyane afin de tester la ventilation des cavités et les interfaces du champ de tir. Enfin, un troisième et dernier test s’ajoutera en décembre pour soumettre le moteur Vinci et une unité d’alimentation auxiliaire en conditions dégradées à Lampoldshausen, en Allemagne. Le moteur à propulsion liquide Vinci, chargé de lancer la charge utile, avait réussi son précédent essai  le 1er septembre.

Nouveau programme avec la Pologne

En parallèle, l’ESA annonce signer d’ici le 21 octobre une subvention supplémentaire de la Pologne de 85 millions d’euros. Cette enveloppe servira à fournir l’appui de l’ESA au développement d’un programme polonais d’observation de la Terre intitulé «constellation Camilla». Cet accord s’ajoute à l’annonce par la Commission européenne le 7 septembre d’un partenariat avec le Royaume-Uni, qui réintègre le programme Copernicus – dont il avait été écarté lors du Brexit. Ce programme, lancé en 1998 par l'Union européenne, collecte des données sur l'état de la Terre (températures, gaz contenus dans l'atmosphère...). «Il s’agit d’un accord très attendu par l’ESA afin de remplir un déficit de 721 millions d’euros dû au Brexit. Le montant n’est pas encore confirmé, mais il devrait combler une bonne partie de ce trou», se réjouit Josef Aschbacher.

Activité commerciale au point mort

Ces nouvelles donnent un peu d'espoir à l’ESA. Les tests de lancement d’Ariane 6 ont enchaîné les reports et le dernier vol d’Ariane 5 effectué dans la nuit du 5 au 6 juillet derniers laisse désormais un vide commercial béant sur les mises en orbite de charges de plus de 4,5 tonnes. L’herbe n’est guère plus verte du côté du poids plume Vega. Le premier vol commercial du nouveau lanceur Vega-C a échoué fin décembre 2022, ne laissant entre les bras de l’Europe que son lanceur ancienne génération. «Les lancements de Vega-C doivent reprendre au dernier trimestre 2024», se contente de lancer, évasif, Josef Aschbacher.

L'ESA planche actuellement sur l'évaluation de l'impact de ces délais et de l'inflation post-Covid sur l'activité des lanceurs. «Une fois cette évaluation réalisée, une proposition sera faite aux États membres afin de s'accorder sur des mises à jour des conditions d'exploitation d'Ariane 6 et de Vega pour garantir l'accès à l'espace pour l'Europe dans les années à venir», déclare Toni Tolker-Nielsen, directeur du transport spatial. Réponse attendue pour l'enveloppe européenne au premier trimestre 2024.

Malgré ces embûches, l’ESA ne compte pas courber l’échine lors du sommet du spatial Space Summit des 6 et 7 novembre à Séville. «L’Europe a besoin d’être ambitieuse sur le pilier de l’exploration spatiale et nous porterons ce message auprès de nos partenaires européens», déclare Josef Aschbacher. Le patron de l'agence cite les objectifs de la Chine et de l’Inde d’envoyer un humain sur la Lune d’ici respectivement 2030 et 2040. Un test réussi d’Ariane 6 le 3 octobre aurait sans doute aidé à donner du poids à ce message.

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