0, 1, 2, 3… ans de retard. Josef Aschbacher, le directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA), a annoncé mi-octobre le report du premier vol d’Ariane 6 au quatrième trimestre 2023. Il s’agit du troisième délai majeur concernant le programme : la mise à feu était initialement prévue à la fin de l’année 2020.
Des tests critiques sont toujours en cours. D’une part, au Centre spatial guyanais, les équipes réalisent des essais combinés entre la fusée et son nouveau pas de tir. À Lampoldshausen (Allemagne), le Centre aérospatial allemand (DLR) poursuit les essais à feu du moteur réallumable Vinci de l’étage supérieur. Résultat : Arianespace n’aura plus de lanceurs lourds ou mi-lourds à proposer à ses clients à partir du second semestre de l’an prochain ! La fameuse autonomie d’accès à l’espace, l’alpha et l’oméga de la politique spatiale européenne, en prend un sacré coup. Les derniers exemplaires des fusées Ariane 5 sont en effet déjà réservés. Il n’a pas été prévu d’en fabriquer d’autres. Cette précaution avait été jugée inutile car à l’époque, Soyouz faisait office de plan B en cas de retard de l’Ariane 6. Or, avec l’invasion de l’Ukraine, la Russie a fermé le robinet des Soyouz à l’Europe.
Arianespace se retrouve dans l’incapacité d’honorer cinq contrats auprès de clients institutionnels. Parmi eux, l’ESA, pour deux missions scientifiques (Earthcare et Euclid), la Commission européenne, pour deux lancements de satellites Galileo, le Cnes et les armées françaises, pour lancer un satellite d’observation de la Terre. L’ESA a déjà fait part de son intention de faire appel à... SpaceX, le rival d’Arianespace. Une déconvenue amère pour l’Europe spatiale.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3713 - Décembre 2022



