Le programme Ariane 6 va connaître un nouveau retard. Selon le directeur général de l’agence spatiale européenne (ESA) Joseph Aschbacher, le futur lanceur européen n'effectuera son premier vol qu’en 2023. Jusqu’ici, le vol inaugural était prévu pour la fin de l’année 2022. Le patron de l’agence a fait cette confidence à l’occasion d’une interview réalisée le 13 juin par la BBC sans expliciter les raisons du retard. L’agence spatiale n’a pas non plus encore communiqué de nouvelle date pour ce lancement inaugural.
Il s’agit du second report pour le programme Ariane 6. En novembre 2020, à quelques semaines du premier tir prévu, le programme avait été décalé de plus de 18 mois notamment du fait du Covid et des difficultés techniques liées au développement de certaines pièces critiques, comme le bras cryogénique ou encore le générateur de puissance auxiliaire de l’étage supérieur du lanceur. Les coûts liés à ce premier retard avaient été estimés à 230 millions d’euros.
Eviter l'accident à tout prix
Les raisons du nouveau report sont complètement différentes. Les retards proviendraient des difficultés rencontrées à l’occasion des derniers essais réalisés à la fois à Lampoldshausen en Allemagne et au Centre spatial guyanais. Ces essais, nécessaires dans la mise au point d’un nouveau lanceur, sont critiques et ont pour but d’anticiper tous les risques potentiels dans les conditions les plus proches possible du vol.

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A Lampoldshausen, le DLR, le centre aérospatial allemand a en charge la réalisation des essais à feu du premier étage d’Ariane 6. Ce premier étage dispose de deux réservoirs d’hydrogène et d’oxygène liquides reliés au nouveau moteur Vinci ré-allumable. «Ces tests sont sur le chemin critique. A cette occasion, on manipule des énergies considérables, et on n’a pas envie d’avoir un accident quelconque», indiquait un acteur impliqué par le programme à l’Usine Nouvelle il y a encore quelques semaines. A Kourou, les équipes d’ArianeGroup, du CNES et de l’ESA doivent encore réaliser des tests dits combinés entre le lanceur et les installations au sol du site de lancement. C’est la première fois que ces deux éléments seront testés ensemble. L’étage principal sera testé à feu avec son moteur Vulcain 2.1. De l’aveu même d’un industriel impliqué, l’ensemble de ces essais est complexe à réaliser. D’autant plus qu’ils sont rares, uniquement à l’arrivée d’un nouveau lanceur.
Des clients et des états à satisfaire
Quelle sera l’ampleur du retard ? L’ESA n’a pas apporté de réponse pour l’instant. Il faut espérer pour Arianespace, en charge de la commercialisation d’Ariane 6, qu'il soit limité à quelques mois seulement. Dire qu’Ariane 6 est très attendue est un euphémisme. La pression vient d'abord Amazon. En avril dernier, le géant de la vente en ligne a sélectionné le lanceur européen pour un contrat record de 18 lancements afin de lancer une partie des minisatellites nécessaires au déploiement de sa constellation Kuiper. A la fois prudent et pressé, Amazon a sélectionné également deux autres lanceurs : sa propre fusée New Glenn (elle-même en retard et qui n’a pas encore volé non plus) et la fusée Vulcan de la coentreprise ULA associant les géants américains Boeing et Lockheed Martin.
Mais avec déjà deux ans de retard sur son calendrier initial, Ariane 6 est encore plus attendue par les pays européens pour envoyer leurs satellites institutionnels ou militaires. Sa disponibilité est un enjeu énorme pour l'Europe : elle est la clé de son autonomie spatiale. Avec l’arrêt programmé de la fusée Ariane 5 et la fin de sa fabrication, l’Europe ne disposera bientôt plus de lanceur propre pour mettre en orbite des satellites lourds. Surtout qu’elle ne peut plus compter sur la fusée russe Soyouz depuis l’éclatement de la guerre en Ukraine et la décision de la Russie de ne plus faire décoller Soyouz de Kourou pour les besoins européens. Grâce à ses deux versions (2 ou 4 boosters), Ariane 6 a toutefois été conçue pour remplacer à la fois Ariane 5 et le lanceur russe.
Sur le marché commercial, le nouveau lanceur européen doit aussi permettre de concurrencer la fusée Falcon9 de SpaceX grâce à des baisses de coût de 40% par rapport à Ariane 5.
Ariane 6 a donc tous les arguments pour satisfaire ses clients, privés comme étatiques. Encore faut-il qu’elle soit au rendez-vous.



