Forvia est dans les clous pour sa première année fiscale de plein exercice. L’équipementier français né en février 2022 de l’acquisition par Faurecia de l’allemand Hella a publié lundi 19 février ses résultats financiers pour 2023, avec un chiffre d’affaires de 27,25 milliards d’euros, en hausse de 10,9%. Son résultat opérationnel s’établit à 1,44 milliard d’euros (+ 35,7%), soit une marge opérationnelle de 5,3% (+ 1%) pour un résultat net part du groupe de 222 millions d’euros (contre une perte de 382 millions en 2022). Ce bilan est en ligne avec les orientations du groupe, qui avait annoncé vouloir atteindre 26,5 à 27,5 milliards d’euros pour une marge opérationnelle comprise entre 5,2 et 6,2%. «Forvia progressé sur tous les indicateurs financiers en 2023», a résumé Olivier Durand, vice-président exécutif et directeur financier du groupe devant les analystes financiers.
La direction du groupe estime toutefois pouvoir faire mieux, notamment sur le continent européen. Si la région EMEA (Europe Middle East & Africa) représente 46% des ventes, elle n’est responsable que de 22% du résultat opérationnel de Forvia. En 2023, la marge opérationnelle du groupe dans la région est certes en amélioration à 2,5% (contre 1,6% en 2022), mais sa rentabilité reste loin de celle enregistrée avant la pandémie (6,5% en 2019) et laisse clairement à désirer en comparaison aux autres régions du globe : 4,3% en Amérique (Forvia a été peu touchée par la grève de l’United Auto Workers (UAW) aux Etats-Unis au quatrième trimestre, responsable d’une perte limitée de 18 millions d’euros) et jusqu’à 11% en Asie !
Dans un marché automobile européen encore en phase de rattrapage après plusieurs années de crise, Forvia ne voit pas de potentiel de croissance particulier pour ses activités en Europe. «Nous devons nous adapter à la baisse des volumes. Nous pensons que cette situation est structurelle et qu'elle ne s'améliorera pas», a déclaré Patrick Koller, directeur général de Forvia, chiffrant à près de 20% les surcapacités de son entreprise sur le continent (133 usines) dans des activités comme les sièges ou les systèmes de dépollution mais pas sur le segment de l'électronique en pleine croissance. Une situation qui pousse l’équipementier à restructurer ses activités européennes, visant 7% de marge à horizon 2028.
La marge opérationnelle des activités européennes à la peine
Pour atteindre cet objectif, Forvia annonce son intention de supprimer en Europe jusqu’à 10 000 emplois sur une période de cinq ans (entre 2024 et 2028). A la fin 2023, le groupe employait 75 500 personnes sur le continent (employés non permanents compris). «Les économies attendues devraient atteindre environ 500 millions d’euros en base annuelle en 2028», prédit le fournisseur automobile spécialiste des systèmes d’échappements. Il ajoute sa volonté, «en plus de l’attrition naturelle, de réduire immédiatement et drastiquement le recrutement en Europe, d’adapter le niveau d’emploi non permanent (le recours aux intérimaires, nldr) et de réduire fortement le recours à des ressources R&D externes». «L'attrition que nous avons, c'est 2000-2500 personnes par an. Donc, en fait, le plan ne veut pas dire un licenciement de 10 000 personnes», a précisé Olivier Durand à l'agence Reuters.
Outre une ambition d’amélioration de la rentabilité du groupe en Europe, cette décision est justifiée par la nécessité d’«adapter les activités à l’environnement en constante évolution, y compris le calendrier d’interdiction des moteurs à combustion interne en Europe qui oblige l’ensemble de l’industrie à adapter sa structure et ses coûts à l’évolution de la réglementation». Forvia indique aussi vouloir «se préparer à une évolution de l’environnement-clients, avec l’arrivée de nouveaux venus en provenance d’Asie», et notamment de Chine où Forvia vante sa «forte intimité» avec les constructeurs locaux (Leapmotor, Chery, Li Auto...). Des groupes chinois comme SAIC (avec sa marque britannique MG) ou BYD affichent clairement leurs ambitions sur le continent européen. Au sujet de BYD, Patrick Koller a annoncé que Forvia accompagnerait l'entreprise dans son implantation européenne, prévue en Hongrie d'ici à trois ans.
Des synergies en hausse
Forvia, qui pointe en cinquième position au sein du classement des équipementiers de L’Usine Nouvelle, a réduit d'un milliard d'euros sa dette, alourdie par l'achat d'Hella, à moins de 7 milliards d'euros. «Le désendettement est en bonne voie», a assuré Patrick Koller. Suite à cette fusion, le groupe communique avoir réalisé 139 millions d’euros de synergies en 2023, portant le total à 190 millions d’euros - soit plus que l'objectif initial de 120 millions d'euros. Le groupe vise désormais plus de 350 millions d’euros de synergies d’ici à fin 2025.
Dans un marché automobile mondial toujours en phase de rattrapage, Forvia indique viser un chiffre d’affaires compris entre 27,5 et 28,5 milliards d’euros en 2024, pour une marge opérationnelle comprise entre 5,6% et 6,4% du chiffre d’affaires, soit légèrement supérieure à 2023. Le groupe Forvia maintient par ailleurs ses ambitions à horizon 2025 d’un chiffre d’affaires d’environ 30 milliards d’euros pour une marge opérationnelle supérieure à 7%.
Forvia va proposer un dividende de 0,50 euro par action lors de la prochaine Assemblée générale de l’entreprise, prévue le 30 mai 2024. «Le montant proposé, inférieur à la politique de dividende établie, concilie la volonté du Groupe de récompenser ses actionnaires, après deux ans de suspension du paiement des dividendes, avec celle de poursuivre un désendettement accéléré et de financer des projets de transformation visant à renforcer encore la compétitivité du Groupe», justifie Forvia dans un communiqué.



