L’autorisation européenne du vaccin de Moderna, une bonne nouvelle pour la France à plus d’un titre

L'Agence européenne des médicaments (EMA) a donné mercredi 6 janvier son feu vert à un second vaccin pour lutter contre le Covid-19 : celui de la biotech américaine Moderna. Une bonne nouvelle pour la stratégie vaccinale du gouvernement… et la production car ce vaccin sera en partie fabriqué en France.

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La Commission européenne doit désormais approuver sa mise sur le marché du vaccin de Moderna.

A la veille d’une nouvelle conférence de presse du Premier ministre Jean Castex sur la stratégie vaccinale de la France, le gouvernement va pouvoir compter sur une bonne nouvelle : l’autorisation « conditionnelle » pour les adultes par l’Agence européenne des médicaments (EMA) d’un nouveau vaccin dans la lutte contre le Covid-19. Après le produit de Pfizer-BioNTech, c’est celui de la biotech américaine Moderna qui a reçu le feu vert européen mercredi 6 janvier. La Commission européenne doit désormais approuver sa mise sur le marché, avant que les pays européens ne puissent l’inclure dans leurs campagnes de vaccination respectives. Pour la France, c’est une bonne nouvelle à plusieurs titres.

1 – Une technologie éprouvée depuis quelques mois

Pour répondre à la défiance d’une partie de leur population méfiante envers des vaccins fabriqués si rapidement, la France et l’Europe avaient préféré se donner du temps, afin de laisser leurs autorités sanitaires examiner soigneusement les dossiers de demandes d’autorisation issus des industriels. Arrivé le premier sur le marché, le vaccin de Pfizer-BioNTech, utilisé au Royaume-Uni depuis début décembre et depuis le 27 décembre en Europe, fait appel à la technologie de l’ARN messager. Pour l’instant, aucun effet secondaire grave n’est ressorti de ces premières semaines de vaccination. Une bonne nouvelle pour le vaccin de Moderna, qui fait appel à la même technologie. Le principe : concevoir une synthèse chimique d’ARN messager (un petit fragment de matériel génétique) de la protéine Spike du Covid-19, encapsulée pour mieux pénétrer dans les cellules.

D’où, néanmoins, des contraintes de froid réelles : son vaccin doit être conservé à -20 degrés. Des contraintes certes un peu moins drastiques que celles du vaccin Pfizer/BioNTech, qui doit être maintenu à environ -80 degrés pour le transport et le stockage, créant d'intenses difficultés sur le plan logistique.

2 - Faciliter l’accélération de la campagne vaccinale en France

Dès qu’il sera disponible, ce vaccin arrivera à point nommé pour aider le gouvernement français à accélérer sa grande campagne de vaccination et répondre à l’enjeu d’avoir en quantités deux doses par individu souhaitant se faire vacciner. Au 1er janvier, à peine 500 personnes avaient reçu une première dose du Comirnaty, le vaccin de Pfizer et BioNTech.

Le 5 janvier sur RTL, Olivier Véran, le ministre des Solidarités et de la Santé a assuré que 2 000 vaccinations avaient eu lieu la veille, que 500 000 doses avaient été livrées entre Noël et le Nouvel an, et que "580 000 vaccins" seront "livrés entre demain soir et mercredi", avec "en gros 500 000 qui arrivent par semaine". Face aux critiques, il a donc annoncé l’élargissement des publics autorisés à se faire vacciner et l’ouverture à venir de centaines de centres de vaccination en ville.

3 – Miser aussi sur de la production française

Si le vaccin de Pfizer-BioNTech est actuellement produit en Belgique, dans l’usine de Puurs de Pfizer, il pourra compter à partir d’avril également sur une fabrication française. Le sous-traitant pharmaceutique français Delpharm avait en effet obtenu en novembre un contrat auprès de BioNTech pour le remplissage de plusieurs dizaines de millions de doses, sur son site site de Saint-Rémy-Sur-Avre en Centre-Val-de-Loire. Interrogé par L’Usine Nouvelle, Delpharm n’a pas encore indiqué si le calendrier pourrait être accéléré.

Côté Moderna, c’est le sous-traitant suédois Recipharm qui a signé le 30 décembre un contrat définitif pour la formulation, le remplissage et le conditionnement de ce vaccin anti-Covid sur son site de Monts, en Indre-et-Loire, une ancienne usine d’AstraZeneca. Le site recevra la matière active depuis les installations européennes de Lonza, géant suisse et mondial de la chimie pharmaceutique et sous contrat avec Moderna dans le cadre de ce vaccin. Les lots du vaccin Moderna qui seront fabriqués à Monts seront dévolus au marché européen et aussi au marché mondial hors Etats-Unis.

Moderna a enclenché deux grands dispositifs régionaux pour produire. Aux Etats-Unis, elle a confié la production à l’Américain Catalent. Le second réseau sera implanté en Europe. Lonza sera en charge de produire la matière active du vaccin, et toutes les opérations de formulation, de remplissage, de conditionnement et de distribution seront confiées à Recipharm depuis la France et au sous-traitant espagnol Rovi depuis l’Espagne.

La délivrance des premiers lots commerciaux est prévue "début 2021" par Recipharm, qui comptait investir un peu moins de 2 millions d’euros pour préparer les infrastructures. 60 personnes pourraient être recrutées dans cette usine de 230 salariés. Recipharm, qui est aujourd’hui l’un des plus importants sous-traitant pharmaceutique (CDMO) au monde (9000 salariés, chiffre d’affaires annuel de près de 1,1 milliard d’euros) dispose de 30 sites sur la planète. En France, il détient, outre Monts, trois autres sites de production.

Gaëlle Fleitour et Julien Cottineau

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