L’allemand Infineon Technologies, champion européen des semi-conducteurs, envisage l’adoption des substrats SmartSiC du français Soitec pour ses puces en carbure de silicium. Le projet est confirmé à L’Usine Nouvelle par le président du directoire du groupe, Jochen Hanebeck, lors de la présentation aux médias, mercredi 15 novembre, des résultats de l’exercice fiscal 2023 clos le 30 septembre dernier. «Il s'agit d'un partenaire d'approvisionnement potentiel, mais nous avons également d'autres approches dans lesquelles nous obtenons des substrats de toutes sortes de fournisseurs différents», a-t-il indiqué sans préciser si un accord d’approvisionnement serait finalisé avec le fournisseur français.
Infineon Technologies, qui emploie 58 600 personnes dans le monde et affiche un chiffre d’affaires de 16,3 milliards d’euros sur l’exercice fiscal 2023, était pressenti de devenir le deuxième grand adepte de la technologie SmartSiC de Soitec après le franco-italien STMicroelectronics, le seul client rendu public à ce jour. Il fait figure aujourd’hui de numéro deux mondial des composants en carbure de silicium avec 17 % du marché en 2022 selon le cabinet Yole Développement, loin, très loin derrière son concurrent franco-italien, crédité d’une part de 37 %. Mais il affiche l’ambition de devenir le leader avec 30 % du marché et un chiffre d’affaires dans ce domaine de 7 milliards d’euros en 2030.
Pas de démarche d'intégration verticale
Contrairement à ses quatre plus gros concurrents dans ce domaine (STMicroelectronics, Wolfspeed, Rohm et Onsemi), qui sont verticalement intégrés, Infineon Technologies ne dispose pas en interne d’une source de matériau et substrats de carbure de silicium. «Nous avons envisagé cette démarche d’intégration verticale avec notre tentative de rachat de Wolfspeed en 2016, rappelle Jochen Hanebeck. Mais les autorités américaines se sont opposées à la transaction. La situation a entretemps beaucoup changé. L’offre de matériau et substrats de carbure de silicium tend à devenir abondante. Rien qu’en Chine, pas moins de 50 fournisseurs sont en train d’émerger. Nous avions envisagé une prise de participation dans le capital d'un fournisseur de substrats. Nous préférons aujourd'hui consacrer cet argent à l'expansion de nos capacités de production de composants.»
Infineon Technologies s’approvisionne en substrats de carbure de silicium principalement auprès de Wolfspeed, aux Etats-Unis, et de TankBlue et SICC en Chine. L’adjonction de Soitec comme fournisseur contribuerait à diversifier et sécuriser ses approvisionnements tout en lui offrant accès à une technologie qui réduit la consommation de carbure de silicium mono-cristallin (la partie utile à la construction des composants) par un facteur dix.
Clé de l'électrification des véhicules
Avec sa technologie SmartSiC développée en partenariat avec le CEA-Leti, Soitec réinvente le substrat de carbure de silicium pour doper de 10 à 15 % les performances des composants construits dessus et diviser par quatre les émissions de CO2. Le français prévoit d’en débuter la production de volume au printemps 2024 dans sa toute nouvelle usine Bernin 4 inaugurée en septembre dernier sur son site à Bernin, près de Grenoble. L’adoption de sa technologie par Infineon Technologies, numéro un mondial des semi-conducteurs pour l’automobile et roi des composants électroniques de puissance, serait un grand succès de nature à avoir un grand entrainement sur les autres acteurs du marché. Les puces en carbure de silicium sont en effet considérées comme la clé de l’électrification des véhicules car elles offrent l’avantage sur celles en silicium classique d’allonger l’autonomie, d’accélérer la recharge de batterie et d’améliorer la fiabilité.
Sur l’exercice fiscal 2023, Infineon Technologies affiche un chiffre d’affaires de 500 millions d’euros dans les dispositifs en carbure de silicium, contre environ 300 millions d’euros sur l’exercice fiscal précédent. Il sert aujourd’hui le marché à partir de son usine à Villach, en Autriche, avec la capacité d’atteindre 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires dans ce domaine sur l’exercice fiscal 2025 avec ce site. Pour accompagner son ambition dans ce secteur, il a décidé d’investir 7 milliards d’euros dans une nouvelle usine à Kulim en Malaisie avec l’objectif de multiplier sa capacité de production par 15 sur l’exercice fiscal 2030 par rapport à celui de 2023. Pour soutenir ce plan d’expansion, il a reçu 1 milliard d’euros en prépaiement de onze grands clients, dont les constructeurs automobiles Ford, Chery et SAIC.
Vers un chiffre d'affaires de 30 milliards d'euros en 2030
Le développement dans les puces en carbure de silicium constitue un axe stratégique du plan d'expansion d'Infineon Technologies. S'il s'attend à subir un ralentissement avec un chiffre d'affaires de 17 milliards d'euros (plus ou moins 500 millions d'euros) sur l'exercice fiscal 2024, en progression de seulement 4 % en valeur médiane, il se montre confiant dans les perspectives de croissance de plus de 10 % par an en moyenne sur les cinq prochaines années, tirées par les mégatendances de la numérisation, de l'électrification et de la décarbonation. Alors que son marché accessible a baissé de 1 %, il affiche un bond de 15 % sur l'exercice 2023. Une résilience qu'il doit à son positionnement privilégié sur l'automobile et l'industrie, qui représentent 64 % de son chiffre d'affaires sur l'exercice fiscal 2023. Son plan de développement à long terme devrait l'amener à dépasser le chiffre d'affaire de 20 milliards d'euros sur l'exercice fiscal 2026 et 30 milliards d'euros sur l'exercice fiscal 2030 selon Jochen Hanebeck.



