En septembre, Soitec inaugurait une usine dédiée à la production de substrats de carbure de silicium SmartSiC, à Bernin, près de Grenoble. Avec ce site, son quatrième en Isère, le fabricant de substrats électroniques avancés affiche sa diversification dans un semi-conducteur clé de l’électrification des véhicules. L’investissement avoisine les 400 millions d’euros, dont environ 100 millions provenant d’aides publiques.
L’ambition est de faire de SmartSiC un standard pour les prochaines générations de voitures électriques. «Nous ouvrons un nouveau chapitre dans la riche histoire du développement de Soitec, affirme son directeur général, Pierre Barnabé. Avec cette nouvelle usine, nous allons pouvoir répondre à la demande croissante en carbure de silicium, tout en contribuant à rendre la mobilité électrique plus efficace et abordable.»
Le carbure de silicium émerge comme le substrat de prédilection pour la construction de composants électroniques de puissance plus performants et plus efficaces par rapport au substrat traditionnel de silicium. Il permet en effet de gagner 10 à 15 % d’autonomie, de recharger deux fois plus vite la batterie et d’optimiser le coût total de la chaîne de traction électrique. Pionnier, Tesla a été le premier à l’adopter en 2017, se fournissant en composants auprès de STMicroelectronics. Tous les constructeurs automobiles l’inscrivent aujourd’hui dans leur feuille de route d’électrification.
Avec sa généralisation et l’accélération du véhicule électrique, la demande est en train d’exploser. Selon le cabinet Yole Développement, le marché des composants en carbure de silicium devrait flirter avec les 9 milliards de dollars en 2028, contre à peine 2 milliards en 2022. Or l’offre de substrats de carbure de silicium peine à suivre en raison des difficultés à élaborer ce nouveau matériau. Avec sa technologie SmartSiC, Soitec pense apporter la solution tout en bonifiant les avantages de ce semi-conducteur. Grâce à son procédé de scalpel électronique, une seule galette de carbure de silicium peut être transformée en dix galettes SmartSiC.

- 48675-2.46
Février 2026
Cours mensuel de l'étain - settlement$ USD/tonne
- 7.9626-0.14
27 Mars 2026
Yuan chinois (CNY) - quotidien¥ CNY/€
La société, qui veut aller au-delà du silicium sur isolant, sa spécialité d’origine, fonde beaucoup d’espoirs sur cette diversification stratégique, la deuxième qu’elle entreprend, après celle entamée en 2018 dans les substrats piézoélectriques sur isolant. Avec son silicium sur isolant, elle s’est imposée dans le frontal radiofréquence de tous les smartphones du marché. Apple a joué un rôle moteur dans ce succès en adoptant en 2011 ce substrat pour son iPhone. Son exemple a été suivi par tous ses concurrents.
STMicroelectronics déjà conquis
De quoi permettre à Soitec de sortir de dix années de marasme et de pertes financières. Entre son exercice fiscal 2016-2017 (le premier à être bénéficiaire) et celui de 2022-2023, son chiffre d’affaires a ainsi été multiplié par 4,4 et son bénéfice net par 27,7. Ce redressement est spectaculaire et inespéré. Mais il se paie par une trop grande dépendance vis-à-vis des mobiles. Un marché saturé et en pleine morosité depuis 2021. Or il représente 67 % du chiffre d’affaires de Soitec sur l’exercice 2022-2023. Aussi la direction s’attend-elle à un chiffre d’affaires constant pour l’an prochain, et ce en dépit de la transition vers la 5G qui augmente de 50 % en moyenne la surface de silicium sur isolant dans le smartphone par rapport à la 4G. L’entreprise a donc besoin d’un nouveau moteur de croissance pour réaliser 2,1 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025-2026. Elle mise donc sur le SmartSiC. L’opportunité s’annonce alléchante. Selon Soitec, les ventes de véhicules électriques devraient dépasser 20 millions d’unités en 2025, puis 45 millions en 2030. L’objectif est d’imposer le SmartSiC dans 30 % de véhicules écoulés en 2030. Cette nouvelle activité devrait représenter 10 % du chiffre d’affaires en 2025-2026, selon la direction.
À ce jour, Soitec a réussi à séduire un acheteur et pas des moindres : STMicroelectronics, le numéro un mondial des composants en carbure de silicium grâce à son client Tesla. Il en est encore au stade de qualification de la technologie SmartSiC, avec la possibilité de la mettre en production au second semestre 2024, à Catane, en Sicile. Les autres constructeurs se bousculent pour tester l’invention de Soitec. «Nous sommes en discussion avec une trentaine de fournisseurs de composants en carbure de silicium et une dizaine de constructeurs automobiles, hors Tesla, confie Emmanuel Sabonnadière, le patron de la division automobile et industrie. Nous avons plus de 1 000 plaquettes SmartSiC de 150 et 200 mm de diamètre en cours d’évaluation par des clients potentiels et des prospects.» L’allemand Infineon, le grand rival de STMicroelectronics dans ce domaine, est pressenti pour être le deuxième client pour le SmartSiC.
Le choix de Tesla, qui est à l’origine de la filière de carbure silicium, sera déterminant. Va-t-il basculer sur la technologie SmartSiC ? «C’est probable», prévoit Pierre Barnabé. Cela aurait le même effet d’entraînement dans l’industrie automobile que celui provoqué par Apple avec le silicium sur isolant dans les smartphones. De quoi exaucer peut-être le rêve du directeur général d’équilibrer à terme le chiffre d’affaires des trois divisions de Soitec : mobiles, automobile et industrie, et objets intelligents.



