Ses cheveux blonds s’échappent d’un casque de sécurité blanc et viennent flirter avec le col relevé de sa parka beige. Sa chemise rose tranche avec son accoutrement passe-partout. Ses yeux bleus aussi. Son nom plus encore. L’homme juché sur une passerelle est entouré d’une nuée de sidérurgistes en colère et de journalistes sidérés qui, bientôt, vont colporter l’incroyable récit de la nuit du 7 mars 1979 : Johnny Hallyday a été enlevé par les ouvriers en grève d’Usinor !
«Tous à Paris contre le massacre de l’usine !» Cela fait trois mois qu’ils enchaînent occupations, manifestations et opérations coup de poing. Janvier 1979 voit défiler plus de 80 000 manifestants à Metz. Sentant venir le danger pour sa région, la population se mobilise. L’annonce du plan Davignon en décembre a meurtri le bassin sidérurgique de Meurthe-et-Moselle.
Étienne Davignon, commissaire européen au Marché intérieur et à l’Industrie, surnommé le Vicomte, a annoncé la restructuration de la sidérurgique européenne. En clair, un démantèlement programmé. À la clef, la cokerie de Longwy sera fermée et 21 750 emplois seront supprimés en dix-huit mois. La direction d’Usinor annonce à elle seule 12 500 postes voués à disparaître. Les syndicalistes du site de Longwy refusent toute négociation et restent persuadés que le plan sert les intérêts industriels allemands. Johnny est l’occasion rêvée de faire parler de leur combat autrement.
Le soir tombe à peine ce 7 mars, le rocker de 36 ans entame la nouvelle étape de sa tournée d’hiver sous l’immense chapiteau, dressé sur le site de l’ancienne foire des expositions de Metz. En blouson et pantalon de cuir noirs, les six lettres de son prénom sur la sangle de sa guitare, Johnny fait hurler, chanter, vibrer les Messins. Le concert terminé, l’idole des jeunes rejoint l’hôtel Sofitel en centre-ville, à deux pas de la rue d’Enfer.

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Comme un remake de L’aventure c’est l’aventure
Il est minuit quand 150 sidérurgistes de la CFDT envahissent le hall, coupent le standard téléphonique de la réception, demandent à rencontrer le directeur, montent au premier étage pour trouver l’artiste. Dans la chambre 128, Johnny se repose en compagnie de quelques proches quand des coups résonnent sur la porte. Son secrétaire sort et parlemente avec les ouvriers. Leur revendication : que le rocker les suive pour se rendre à l’usine Usinor de Longwy voir leurs conditions de travail. Johnny rechigne à les suivre en pleine nuit à près de 60 kilomètres de là. «Viens, on veut te montrer où l’on veut nous enterrer !»
La star déambule dans les ateliers, cigarette au bec, coiffé d’un casque CFDT.
Après négociations, comprenant qu’il n’a pas le choix, il prend la route. Une heurette plus tard, le chanteur déambule dans les ateliers, cigarette au bec, coiffé d’un casque CFDT. Lui qui a offert son cachet à la caisse de solidarité de mineurs grévistes en 1962 découvre ce que sont le travail en usine, les machines, le bruit, la lumière artificielle : « C’est l’enfer. On se demande comment font les gens pour travailler dans de telles conditions. » La visite nocturne un peu forcée se termine à 3 h 30 du matin, largement relayée par les médias, et se transforme en kidnapping. Comme un remake de L’aventure c’est l’aventure de Claude Lelouch, film de 1972 où la star se faisait... enlever. Un succès.
Un échec. Johnny reparti, l’avenir reste sombre. Certes la cokerie de Longwy est maintenue et les licenciements de 1979 sont réduits de 25 %. Mais la Convention de protection sociale prévoit la retraite de 12 000 salariés. Avant que le bassin ne s’enfonce, entre espoir, fusion, nationalisation, restructuration... Noir, c’est noir.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3712 - Novembre 2022



