L'Usine Nouvelle. - Comment la Commission de régulation de l'énergie (CRE) contribue-t-elle à la course vers la sobriété énergétique?
Emmanuelle Wargon. - Nous vivons une crise d'approvisionnement en électricité et en gaz qui a deux conséquences: elle crée un écart entre l’offre et la demande, et fait beaucoup monter les prix. C’est un problème autant de volume, que de prix. C’est pourquoi il faut agir sur l’offre et la demande. Nous soutenons un certain nombre de mécanismes de marché pour aider à la maîtrise de la demande, comme l’appel d’offres «interruptibilité» en gaz. Pour l’électricité, la CRE a aussi mené un travail visant à rendre plus attractives les options heures pleines et heures creuses, et pour que les modalités d’effacement [la réduction ponctuelle dans le temps des consommations, ndlr] pour les entreprises et les particuliers soient les plus efficaces possibles.
Comment pouvez-vous favoriser la baisse de la consommation?
Quand les prix sont au niveau actuel, les entreprises n'attendent pas la CRE pour savoir comment baisser leur consommation! Nous travaillons aussi avec les fournisseurs en gaz et en électricité pour savoir comment ils arrivent à répondre au mieux aux besoins des entreprises. Dans ce marché complètement perturbé, la première difficulté pour les entreprises est de trouver des fournisseurs qui leur proposent le renouvellement de leur contrat quand celui-ci arrive à échéance, avec les niveaux de prix les moins mauvais possible.

- 1.2539+3.07
3 Avril 2026
Gazole France HTT€/litre
- 2.2337+2.05
3 Avril 2026
Gazole France TTC€/litre
- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
Le président de la République a conseillé aux entreprises de ne pas signer de contrats trop vite. Êtes-vous d’accord?
La CRE va publier une référence de prix de l’électricité pour les PME, qui constituera une référence utile pour celles amenées à souscrire ou renouveler un contrat
Je suis prudente sur ce point. Il existe une vraie incertitude sur les prix. Il est impossible de dire s’ils seront plus bas dans quelques semaines. On peut avoir un scénario positif, dans lequel les hypothèses de baisse de la demande sont crédibles, EDF tient sa trajectoire de redémarrage de ses centrales et les prix évoluent plutôt à la baisse. Et on peut avoir un scénario de crise, où un autre aléa tend encore plus les prix. Nous avons plutôt envie de dire aux entreprises qu’elles doivent éviter de se retrouver sans fournisseur et anticiper. Elles ne doivent pas se retrouver dans une situation où elles n'ont plus de contrat à une date donnée. Il ne faut pas attendre la dernière minute.
Des entreprises peuvent-elles se retrouver sans électricité?
Cela fait partie des sujets sur lesquels nous travaillons avec le ministère de l’Économie. Les fournisseurs essayent de faire des offres aux clients qui font partie de leur portefeuille. Tous nous disent qu’ils cherchent à garder leurs clients, pas forcément à en trouver des nouveaux. Les entreprises obligées de changer de fournisseurs peuvent rencontrer des difficultés. Est-ce qu'il faut mutualiser ce risque? Cela fait partie des questions sur la table. Le gouvernement vient d’annoncer la garantie pour permettre aux fournisseurs de faire des offres aux entreprises, y compris celles en difficulté. A plus court terme, la CRE va publier une référence de prix de l’électricité pour les PME. Un tel prix constituera une référence utile pour celles amenées à souscrire ou renouveler un contrat de fourniture dans les prochaines semaines pour l’année 2023 et souhaitant s’assurer que les offres de leurs fournisseurs sont compétitives et reflètent bien la réalité des coûts d’approvisionnement.
La France est favorable à un plafonnement des prix du gaz sur le marché européen. Qu’en pensez-vous?
Je suis favorable à des mécanismes exceptionnels de plafonnement des prix du gaz. Soit on plafonne carrément le prix sur le marché européen, soit on plafonne le prix du gaz lorsqu’il sert à produire de l'électricité, comme le font l’Espagne et le Portugal. Dans les deux cas, cela fait baisser le prix de l'électricité sur le marché européen. En Espagne, le prix de l’électricité est près de deux fois mois important qu’en France. Mais il faut que cela soit réalisé à l'échelle européenne, sans quoi il y a trop d'effets de bord. Il y en a déjà avec le mécanisme ibérique actuel, mais ils sont limités, car les capacités d’interconnexion de l’Espagne et du Portugal ne sont pas énormes. Si on étendait ce mécanisme à la France uniquement, cela reviendrait à subventionner massivement l'électricité ailleurs. Ce ne serait pas très utile. Mais attention, ces mécanismes ne devront pas conduire à diminuer les efforts de maîtrise de la demande, sinon cela aggravera la crise.
L'Allemagne se montre pessimiste sur la capacité d’EDF à relancer ses réacteurs. Partagez-vous cet avis?
Si c’est le prix politique à payer pour que l'Allemagne laisse ses centrales nucléaires en marche, c’est une bonne nouvelle! Garder toutes les capacités ouvertes, y compris le nucléaire allemand et belge compte tenu des tensions sur le gaz, facilitera le passage de l’hiver. En ce qui concerne EDF, je ne fais aucun pronostic. EDF a pris des engagements et informera le marché s’il a des données nouvelles, conformément à un règlement européen que la CRE a pour mission de faire respecter. Dans son scénario central, RTE a déjà retenu une hypothèse dégradée par rapport au calendrier transmis par EDF. Et même dans ce cas de figure, nous passons l’hiver s’il ne fait pas trop froid. Si on ajoute à cela le maintien des centrales allemandes, c’est plutôt encourageant.
Le sabotage des gazoducs Nord Stream peut-il aggraver les tensions d’approvisionnement en gaz?
La sécurité des installations est inquiétante. Mais cela ne change pas l'équation fondamentale. Nous savons déjà qu’il va falloir se passer le plus vite possible du gaz russe. Il n’y a pas d’accélération à avoir, dans le sens où tous les pays européens sont déjà en mobilisation maximale pour trouver des alternatives. La bonne nouvelle, c’est qu’il y a du GNL un peu partout dans le monde, et il arrive en Europe.
Des problèmes réglementaires empêchaient la commercialisation de gaz de la France vers l’Allemagne. Où en est-on?
C'est bientôt réglé! Nous avons lancé la dernière consultation dont nous avions besoin. Nous fixerons début octobre les tarifs d’interconnexion et la commercialisation pourra commencer mi-octobre.
Propos recueillis par Aurélie Barbaux et Solène Davesne



