Chronique

[Idée verte] Comment le programme OneArgo surveille l'impact du réchauffement climatique sur les océans

La contribution de la France au programme Argo doit permettre d'accélérer le déploiement de nouveaux flotteurs capables d’inspecter les fonds marins pour mieux comprendre les impacts du réchauffement climatique sur les océans.

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flotteur Argo
Déploiement d'un flotteur Arvor, en attendant les Deep Arvor capables de descendre à 6 000 mètres de profondeur.

Le réchauffement climatique des mers n’est pas toujours très bien compris. Pourtant, 4 000 flotteurs issus du programme international Argo scrutent déjà les océans de la planète. Ces tubes de 20 centimètres de diamètre et de 1,5 mètre de haut, dotés d’une antenne, dérivent au gré des courants. Lorsqu’ils remontent à la surface, ils envoient les données par satellite qui sont analysées par la communauté scientifique.

« Aujourd’hui, ces flotteurs permettent de descendre à 2 000 mètres dans les mers. Le prochain programme regroupant une trentaine de pays permettra d’aller plus loin », a annoncé Virginie Thierry, chercheuse en océanographie physique à Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), jeudi 19 janvier, à l’occasion de la présentation du nouveau programme OneArgo. La France va investir 21 millions d’euros dans cette initiative, soit 10% du programme au niveau mondial.

Acidification des océans

Plus précisément, les nouveaux flotteurs Deep Arvor du programme OneArgo permettront de descendre entre 4 000 et 6 000 mètres de profondeur et de mesurer les concentrations en pH (acidité), la quantité d’oxygène dans l’eau, le taux de chlorophylle, la lumière et les nitrates. Avec le réchauffement climatique, il est important d’évaluer l’acidification des océans et la baisse du taux d’oxygène pour connaître les impacts négatifs sur les organismes vivants.

La France exploite déjà 281 flotteurs de mesure. Le pays va en installer 80 par an jusqu’en 2030 avec le nouveau programme. L’Ifremer, Sorbonne Université, l’Université de Bretagne occidentale, le CNRS et le Service hydrographique et océanographique de la Marine (Shom) contribuent à ce programme. « Les premiers tests sont prévus en 2024 pour un déploiement qui commencera en 2025, précise Virginie Thierry. En 2030, 700 nouveaux flotteurs devraient être opérationnels. » En dehors de l’Hexagone, les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l’Australie, l’Inde et une dizaine de pays européens, contribuent à Argo.

Mieux connaître la biodiversité marine

Le nouveau programme OneArgo devrait favoriser la connaissance de l’impact du réchauffement climatique dans les profondeurs des mers, notamment sur la biodiversité marine. « Il y a 30 ans, on pensait que l’océan profond était inerte. Ce n’est pas vrai. L’océan est surtout un régulateur du climat avec des courants qui se déplacent des tropiques vers les régions polaires en surface et des courants profonds dans l’autre sens, précise-t-on à l’Ifremer. L’océan est encore capable d’absorber de la chaleur tant que sa température n’atteint pas celle de l’air. Ensemble, les océans absorbent 90% de l’excès de chaleur dû aux activités humaines. »

Mais ces flotteurs ne sont pas si vertueux. Après cinq ou six ans de bons et loyaux services, ils coulent et se dégradent. 6 000 flotteurs ont déjà été mis l’eau depuis le début du programme au début des années 2000, soit la surface de deux terrains de tennis. « Les récupérer serait écologiquement un non-sens », prévient Virginie Thierry. Petite consolation : « Nous essayons de les fabriquer avec le moins de matière possible », estime la scientifique.

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