Les déchets plastiques envahissent les océans. Chaque minute, 17 tonnes de ces déchets sont déversés en mer, ce qui représente 9 à 12 millions de tonnes chaque année. "1,5 million d’animaux marins meurent chaque année à cause des déchets plastiques, alerte Yvan Bourgnon. Ils seront 5 millions en 2050 si on ne fait rien. En 2060, il y aura trois fois plus de déchets dans la mer." Selon l’ONU, sans mesure efficace, les déchets plastiques seront plus nombreux que les poissons en 2050.
Depuis des années, le navigateur Yvan Bourgnon tire le signal d’alarme sur cette pollution. Entre 2013 et 2015, il avait réalisé un tour du monde sur un catamaran non habitable de 6 mètres 30, sans GPS mais avec un sextant et des cartes papier. Il avait pu constater l’étendue des dégâts dans certaines régions du monde, comme en Indonésie où il "naviguait au contact des plastiques en permanence", racontait-il à L’Usine Nouvelle en 2017.
Version définitive
Quatre ans plus tard, le projet d’un navire capable de nettoyer les océans devient réalité. La maquette définitive du catamaran Manta a été présentée le 26 janvier, alors que l’association Seacleaners a déjà collecté un tiers des fonds – 10 millions d’euros sur les 30 millions nécessaires – et devrait commencer la construction en 2022. Le CEA, Technip et Air Liquide font partie des partenaires technologiques.
"Nous avons plus de certitudes, nous sommes dans le concret, se réjouit Yvan Bourgnon. Les deux premières années, nous étions dans la faisabilité du projet, nous avons testé plusieurs solutions. Parfois, nous avons dû revenir à la case départ. Le projet, que nous avons amélioré avec le temps, est validé techniquement. Sur le financement, il reste un tiers à trouver avant la construction et le dernier tiers ensuite."
Ce navire de 56,5 mètres de long et de 26 mètres de large pourra traiter 5000 à 10 000 tonnes de déchets plastiques (d'une taille supérieure à 10 mm) par an. Deux navires de petite taille - les Mobula 8 et 10, dévolus à la collecte des déchets dans des zones plus restreintes comme les fleuves ou les ports - seront embarqués à l’arrière du Manta. Ils peuvent récupérer 20 à 30 m3 de déchets plastiques par jour. Le premier sera mis à l’eau en avril.
(C)2014-DenisTisserand Le navigateur Yvan Bourgnon, investi dans le projet Manta de collecte en mer des déchets plastiques, n'abandonne pas pour autant la compétition et compte bien prendre le départ du prochain Vendée Globe.
Conversion énergétique par pyrolyse
Le Manta sera le premier bateau capable de gérer in situ 100 % des déchets collectés en mer, grâce à son usine embarquée qui les valorisera dans une unité de conversion énergétique par pyrolyse. Ce procédé transforme le plastique en gaz de synthèse, sans combustion. Ce "syngas" est converti en électricité par une turbine. La propulsion du navire repose également sur 1500 m2 de voiles, des moteurs à propulsion électrique avec une énergie fournie par des panneaux solaires, deux éoliennes et des hydro-générateurs. Le Manta fonctionnera ainsi 75% du temps de manière autonome et sans énergie fossile. Il pourra embarquer 20 marins et 12 invités, dont des scientifiques.
Six mois pour trouver le chantier naval
Pour construire le navire, Seacleaners se donne "six mois afin de trouver le chantier naval. Nous avons déjà des premiers devis, en France, mais aussi dans d’autres pays comme la Pologne, précise Yvan Bourgnon. La construction commencera avant la fin 2022 pour une mise à l’eau en 2024. La première saison, nous travaillerons sans doute en Méditerranée."
"La sensibilisation est importante - nous organiserons des visites sur le navire – mais elle sera insuffisante, car la production de plastiques augmente toujours, notamment dans les pays émergents, regrette le navigateur. Et nous embarquerons des scientifiques. Nous avons même créé un conseil scientifique spécialisé sur ces déchets, car il n’y a pas suffisamment d’études sur le sujet actuellement."
Bien sûr ce catamaran éboueur ne règlera pas la pollution marine. Il faudrait quelques centaines de Manta et quelques milliers de Mobula pour nettoyer toutes les eaux du globe, et seulement en surface. Mais "dans trente ans, tout le monde trouvera ça normal de voir des bateaux qui collectent des déchets sur les mers", prédit Yvan Bourgnon, qui n’en oublie pas sa passion première. Il a bien l’intention de s’aligner au départ du prochain Vendée Globe.



