Bonne nouvelle pour la centrale thermique de Gardanne (Bouches-du-Rhône). Opérée par l’énergéticien GazelEnergie (une filiale du groupe EPH, propriété du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky), l’ancienne centrale à charbon convertie à la biomasse avait arrêté de produire en décembre 2023, sur fond de négociations tendues avec l’Etat concernant le prix d’achat de son électricité. Après de longues tractations, la ministre de l’énergie Olga Givernet, en déplacement sur le site, a finalement annoncé un nouvel accord. Dès le premier janvier, le prix de rachat atteindra entre 250 et 260 euros du mégawattheures (MWh), pour un fonctionnement de 4000 heures par an durant huit ans (qui peuvent s’étendre à dix). L’équivalent de 1,2 milliard d’euros de revenus pour l’unité de 150 MW.
Production historiquement difficile
Pour garantir l’équilibre économique de l’opération, l’Etat apporte 800 millions d’euros d’aides publiques. «C’est un engagement sur huit ans, pour que la centrale de Provence puisse relancer son activité à partir de biomasse», a précisé la ministre Olga Givernet sur place. De quoi donner du souffle aux 95 salariés qui travaillent sur le site et aux 550 sous-traitants concernés par l’activité de la centrale, notamment pour son approvisionnement en bois via le port de Fos-sur-Mer. Les détails du contrat et de la commercialisation de l’électricité sont inconnus.
Annoncée en 2012 puis mise en service en 2018, l’unité biomasse n’a que peu fonctionné, touchée par d’importants conflits sociaux liés à l’arrêt du charbon sur le site, puis la dénonciation du contrat d’achat d’électricité par GazelEnergie en 2022 au plus fort de la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine. Après de longues négociations, l’aide accordée par l’Etat limite le fonctionnement de la centrale à 4000 heures par an, contre 8000 auparavant.
«Nous sommes satisfaits de l’aboutissement de cette négociation, qui vient sécuriser l’ensemble des emplois liés à l’activité biomasse, et annuler la procédure de demande de chômage partiel en cours, qui était une épée de Damoclès sur le site», réagi Jean-Michel Roccasalva, secrétaire général de la CGT Centrale de Gardanne auprès de L’Usine Nouvelle.

- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 1.2539+3.07
3 Avril 2026
Gazole France HTT€/litre
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
L’approvisionnement en biomasse contesté
«Ce n’est pas fini», souligne toutefois le syndicaliste, qui se bat pour réindustrialiser les bâtiments en friche sur la centrale à charbon, et porte, via une association de travailleurs, un projet de production de biométhane par pyrogazéification. De son côté, l’opérateur de la centrale envisage d’autres voies de reconversion pour le site de 77 hectares, en faisant venir différents acteurs électro-intensifs, tels un supercalculateur dédié à l’IA ou une usine de recyclage chimique des vêtements. Un projet de production d’hydrogène et de carburant durable à base de CO2 biogénique, porté par Hy2gen, est aussi envisagé.
La centrale thermique, qui devrait consommer 450000 tonnes de biomasse (comme du bois impropre à d’autres usages) par an dans sa nouvelle configuration, reste aussi contestée pour son empreinte environnementale. Sont notamment critiqués le poids carbone de la biomasse importée – qui vient notamment du Brésil et représentera au moins 150000 tonnes par an pour garantir l’activité du port – tout comme les risques de déforestation ou de conflits d'usages qu’engendre la demande de la centrale.
Des points que l’énergéticien doit éclaircir dans les mois qui viennent, car la centrale tourne grâce à un arrêté temporaire depuis que son autorisation d’exploitation a été annulée par le Conseil d'Etat en mars 2023. La plus haute instance administrative avait alors demandé à l’énergéticien une étude d’impact plus complète, prenant en compte les incidences environnementales indirectes du site. Les travaux progressent et sont en cours d’instruction par les services de l’Etat, explique GazelEnergie dans un communiqué de presse, où il assure que «l’approvisionnement du site a été certifié durable».
Mise à jour 27/11 : Retrait de la mention selon laquelle le projet porté par Hy2Gen "semble finalement abandonné. "Le projet est en période de concertation continue après de profondes modifications suite à la concertation préalable", rappelle l'entreprise, qui a toujours pour plan de s'implanter sur le site de la centrale.



