Pour occuper son nouveau poste, Julien Denormandie n’aura qu’à traverser la rue de Varenne. Jusqu’alors ministre auprès de la ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, chargé de la Ville et du Logement, il reprend le poste de ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation à la faveur du remaniement gouvernemental annoncé lundi 6 juillet.
Succédant à Didier Guillaume, ce quadragénaire dispose d’une formation connexe au portefeuille qu’il occupera désormais - ingénieur des Eaux et Forêts, titulaire d’un MBA en Économie. Proche d’Emmanuel Macron, il s’est consacré à la création d’En Marche ! dès les prémices du parti qui a accompagné l’élection du président de la République. Il en a été secrétaire général adjoint.
La question des pesticides sur la table
Auparavant, il a œuvré en tant que conseiller économique puis adjoint au chef du service économique à l’ambassade de France en Égypte (2010-2012), avant de revenir à Bercy, où il a débuté en 2004, en tant que conseiller auprès de Pierre Moscovici, ministre de l’Économie et des Finances, puis de Nicole Bricq, ministre déléguée au Commerce extérieur. Directeur adjoint de cabinet d’Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique (2014-2016), il était ensuite entré au gouvernement.

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Julien Denormandie devra s’atteler à suivre l’application de la loi Alimentation, l’un des textes emblématiques de la première partie du quinquennat, qui tarde à produire ses effets dans les rayons ; les débats entourant les zones de non-traitement, et apporter des éclaircissements quant au devenir de l’usage des pesticides. Les quantités totales de substances actives vendues en usages agricoles, hors produits de biocontrôle, ont baissé de 44% entre 2018 et 2019 (-28 078 tonnes), après avoir augmenté de 18% entre 2017 et 2018.
La sortie du glyphosate
L’emblématique question du glyphosate, dont les quantités vendues ont baissé de 35% entre 2018 et 2019 après avoir augmenté de 11% entre 2017 et 2018, sera scrutée de près. Dossier phare depuis le début de la présidence d'Emmanuel Macron, la sortie de cet herbicide phare est prévue pour le début de l'année 2021. Le nouveau ministre devra notamment gérer les attentes de la société... et celles des agriculteurs qui craignent que l'interdiction de l'herbicide n'impacte leur compétitivité. Les agriculteurs arguent notamment qu'aucune alternative n'est actuellement disponible pour remplacer le glyphosate. Sur ce sujet, Julien Denormandie, agronome de formation, a plusieurs fois exprimé sa confiance en l'INRA (l'Institut National de Recherche Agronomique), désormais Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement.
Ces dernières semaines, le sujet avait été l'objet d'une nouvelle passe d'armes entre le prédécesseur de Julien Denormandie, Didier Guillaume, qui avait précisé qu'il serait impossible d'arriver au "zéro glyphosate" et la ministre de la transition écologique Elisabeth Borne, qui, de son côté, assurait que la fin du glyphosate serait actée avant la fin du mandat d'Emmanuel Macron.
Le respect de la loi Alimentation
Commencés sous Stéphane Travert, les Etats Généraux de l'Alimentation, dont l'objectif était de mettre fin à la guerre des prix entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs, sont conclu sous le ministère de Didier Guillaume.
Entrée en vigueur en octobre 2019, les dispositions de la loi Alimentation, parmi lesquelles la fin des promotions et le relèvement du seuil de revente à perte doivent garantir une meilleure répartition de la valeur au sein de la chaine alimentaire.
Julien Denormandie aura donc la charge de s'assurer du respect des différentes mesures du texte. Peu de temps après l'annonce de la nomination du nouveau ministre, l'Association Nationale des industriels de l'Agroalimentaire (ANIA) s'est fendu d'un communiqué dans lequel elle demande au nouveau ministre de: "mettre en place rapidement des mécanismes visant à rééquilibrer les relations entre les différents maillons de la chaîne alimentaire"."Nous entendons être un partenaire actif et loyal du ministre afin de redonner de la valeur à l’alimentation, par une application réelle de la loi Egalim, conforme à l’esprit des Etats Généraux de l’Alimentation, et pour concrétiser la priorité donnée à la souveraineté alimentaire" précise son président Richard Girardot.
Brexit, les pêcheurs toujours dans le brouillard
Il conviendra de suivre la répartition fine des portefeuilles, notamment celui de la Pêche avec la création d’un ministère de la Mer de plein exercice, dévolu à Annick Girardin précédemment en poste au ministère des Outre-Mer. Quel que soit le titulaire du poste, les pêcheurs français attendent des réponses précises de la part de Paris et de Bruxelles. Les négociations entre le Royaume-Uni et l’Europe viennent de reprendre pour un éventuel accord commercial global. Le Royaume-Uni souhaiterait que la pêche fasse l’objet d’un traitement séparé. En jeu, la négociation des quotas et des conditions d’accès aux zones de pêche que Londres souhaiterait pouvoir réévaluer chaque année.
Près de 60 % des captures effectuées dans la zone économique exclusive britannique sont effectuées par des navires issus d’autres pays européens. 200 navires français réalisant entre 20 et 60 % de leurs prises dans les eaux britanniques. À Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), 43 % des débarquements sont issus de la zone, à Roscoff (Finistère) 53 % et à Cherbourg (Manche) 54 %. En février dernier, une première autorisation avait été accordée à la France par les autorités de Guernesey, où 140 bateaux français avaient pêché en 2018. Les Européens génèrent dans les eaux britanniques des revenus 4,9 fois plus élevés que les Britanniques dans les eaux européennes.
La négociation de la PAC
Le nouveau ministre aura enfin la charge de négocier le budget de la PAC. Le ministre siégera pendant encore deux ans à la table des négociations. La mission du Julien Denormandie: négocier le budget et faire passer le message aux agriculteurs qui, déjà, expriment leur mécontentement contre le "pacte vert pour l'alimentation" défendu par la Commission européenne.
Adeline Haverland et Franck Stassi



