Entretien

Le gouvernement favorable à étendre MaPrimeRenov "à la rénovation énergétique globale"

Validité des chiffres de la rénovation énergétique, plan de relance, convention citoyenne pour le climat, certificats d'économie d'énergie, empreinte carbone... Le ministre chargé de la Ville et du Logement Julien Denormandie, avait répondu aux questions de l'Usine Nouvelle, peu avant la démission d'Edouard Philippe et de son gouvernement.

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Julien Denormandie, le ministre chargé du logement avant la démission du gouvernement le 3 juillet, affirme que la rénovation énergétique est une priorité du gouvernement.

L'Usine Nouvelle. - Combien l’Etat consacre-t-il vraiment à la rénovation énergique ? 

Julien Denormandie : En 2019, pour le parc privé de logements, le budget était d’environ 3,5 milliards d’euros, dont la moitié provient des certificats d’économie d’énergie. La rénovation énergétique des bâtiments est une priorité de ce gouvernement, que nous portons avec Emmanuelle Wargon. D’abord parce que c’est une nécessité pour beaucoup de Français, dont les logements ne sont pas de qualité suffisante. Ensuite car c’est une impérieuse nécessité pour le climat. Et enfin parce que la rénovation énergétique est aussi une politique sociale pour permettre à beaucoup de familles, notamment modestes, de payer moins de charges, en particulier de chauffage. Cette priorité que nous nous étions fixée est aujourd’hui confortée, les propositions de la Convention citoyenne pour le climat le soulignent. La rénovation énergétique prendra une place importante dans le plan de relance que le gouvernement est en train de mettre en place.

Que peut-on attendre du plan de relance ?

Nous sommes en train d’y travailler. Au-delà de la nécessité écologique et sociale, la rénovation présente aussi l’intérêt de préserver ou de créer des emplois dans nos territoires, non délocalisables, et bénéfiques à tous. Cela veut dire renforcer les moyens et les dispositifs, y compris d’accompagnement, mis en place. Au-delà du seul plan de relance, je suis favorable à aller plus loin dans MaPrimeRenov’, qui doit accompagner les ménages au-delà du décile 5 dès 2021. Elle pourrait également faciliter les rénovations globales.

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Nous devons aussi accélérer la rénovation des bâtiments publics. Le gouvernement avait déjà décidé un milliard d’euros de dotation supplémentaire aux collectivités par le biais de la Dotation de Soutien à l’Investissement Local (DSIL), en leur donnant une priorité sur le volet rénovation et écologie. Nous devons également aller plus loin sur la question des copropriétés. On a déjà changé la loi, facilité le vote dématérialisé dans les assemblées générales et simplifié la prise de décision. Il existe des aides dédiées. Le plan pour aider la rénovation des copropriétés très dégradées fonctionne très bien. Il faut accompagner les autres pour qu’elles puissent mener leur rénovation énergétique. Pour le parc social, nous travaillons notamment avec la Banque des territoires pour accompagner les bailleurs sociaux.

Le chiffre de 380 000 rénovations en 2019 est-il juste ? 

L’évaluation du nombre de rénovations n’est pas simple car ces chiffres recouvrent différentes actions, parfois des rénovations complètes, parfois un bouquet de travaux, parfois un geste simple. On voit circuler beaucoup de chiffres recouvrant des champs différents. 380 000 rénovations ont été menées en effet en 2019 dans le parc privé. Si on y ajoute les rénovations des logements sociaux, les chiffres connus varient entre 400 000 et 450 000. Le ministère du Logement, qui publie tous les trois mois les chiffres de la construction, n’avait jusqu’à présent pas d’indicateur consolidé de la rénovation. C’est un chantier que nous avons lancé il y a un an. Il est en phase d’aboutissement, avec notamment l’Observatoire de la rénovation énergétique. Nous publierons dès 2021 un chiffre de la rénovation consolidé. C’est un enjeu très important, car je le dis souvent, je veux être autant le ministre de la construction que de la rénovation. En attendant, les chiffres dont nous disposons montrent qu’il faut aller plus vite.

Que pensez-vous des propositions de la Convention citoyenne pour le climat ?

Je salue le travail de très grande qualité de la Convention citoyenne sur la rénovation des bâtiments. Elle mentionne la pertinence d’avoir créé la nouvelle prime, MaPrimeRenov,’ et les dispositifs de l’Agence nationale de l’habitat (Anah) qui permettent d’accompagner les plus modestes. Elle dit que le chemin est le bon, mais pose la question de savoir si l’ampleur des moyens consacrés est suffisant. Elle demande d'aller plus loin, en renforçant les outils qu’on a déjà créés. Je partage pleinement. Le Président de la République a demandé à son gouvernement d’aller plus loin sur la rénovation de bâtiments conformément aux orientations de la Convention citoyenne. Cela aura forcément une traduction dans les prochains textes, notamment les Lois de finances.

Comment allez-vous mettre en œuvre l’obligation de rénovation globale d’ici 2040?

Nous devons mettre la priorité sur la rénovation globale. C’est une certitude. On étudie le renforcement de MaPrimeRenov’ pour financer les rénovations globales d’ici à début 2021. Mais il ne faut pas balayer d’un revers de main d’autres accompagnements permettant de faire un premier geste ou un premier bouquet de travaux. L’expérience montre qu’ils permettent d’entamer un processus qui peut conduire à faire plus de rénovation globale dans les bâtiments in fine.

Trop utiliser les CEE et les coups de pouce, comme pour la chaudière à 1 euro, n’est-il pas une solution de facilité pour gagner en volume au détriment de l’efficacité ?

Non, il n’y a pas de petits gestes pour l’environnement. L’objectif c’est aussi de partir des besoins, en accompagnant par exemple les ménages qui doivent changer leur chaudière au moment où ils en ont besoin. C’est en partant des usages qu’on arrive à créer les bonnes dynamiques. Les dispositifs coup de pouce sont souvent, pour ces ménages, un premier pas vers d’autres travaux de rénovation. Cela permet de les inscrire dans un processus, d’autant plus quand c’est fait avec les entreprises. Car ce sont les entreprises qui apportent les solutions. Force est de constater qu’y intégrer les entreprises permet de massifier les actions. Dans un moment où l’on veut massifier la rénovation, c’est quelque chose d’utile.

Le volet carbone est le grand absent des politiques de rénovation. Y travaillez-vous ?

Nous avons une grande réforme en cours qui est la future règlementation RE2020, qui porte sur la construction neuve mais qui donne le « la » dans l’ensemble de la filière du bâtiment. La RE2020 prendra en compte les émissions de CO2 sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment. La grande nouveauté de la RE2020 est d’agir à la fois sur le bâtiment dans toutes ses spécificités en particulier les matériaux utilisés, et sur les émissions de CO2 source d’énergie et sa consommation. En matière de rénovation, diminuer les consommations d’énergie, c’est aussi diminuer les gaz à effet de serre, en particulier quand on encourage le changement de chaudières, ou quand on favorise l’effacement.

Ecologie, solidarité, emplois… n’attend-t-on pas trop à la fois de la rénovation énergétique ?

Face à ces grandes attentes, légitimes, il faut capitaliser sur ce que l’on fait. En deux ans, l’Anah a multiplié par deux le nombre de rénovations, pas uniquement énergétique. Dans le monde  économique, on appelait cela une licorne. On montre que c’est possible et que lorsque l’on veut accélérer, on le peut. Les citoyens demandent à aller encore plus vite.

Propos recueillis par Aurélie Barbaux

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