Pourquoi les ventes de pesticides ont été divisées par deux l'an dernier

Après une année 2018 marquée par la hausse des achats de pesticides, les ventes de produits phytosanitaires ont, en 2019, diminué de près de 44%.

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Pesticides
Les achats de pesticides ont, en 2019, baissé en France.

Chose promise, chose due. En début d'année, le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume et la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne avaient annoncé la publication, avant la fin du premier semestre, des chiffres de ventes des produits phytosanitaires pour l'année 2019.

FORTE BAISSE DE TOUS LES PRODUITS

A quelques heures de la fin de l'échéance, c'est chose faite. Et contrairement à 2018, où les ventes de pesticides affichaient une hausse de près de 8%, les chiffres pour l'année écoulée sont à la baisse. "Les quantités totales de substances actives vendues en usages agricoles, hors produits de biocontrôle, diminuent de 44% entre 2018 et 2019, de moins 28 078 tonnes", précisent les deux ministères dans un communiqué commun.

L'Union des Industries de la Protection des Plantes (UIPP), qui représente la plupart des industriels du secteur, confirme également la baisse des achats sur la période. "De notre côté, nos membres affichent des ventes en recul de 24%", explique Eugénia Pommaret, directrice générale de l'UIPP. La différence entre les chiffres officiels et ceux de la fédération s'expliquerait par la présence de nombreux génériqueurs sur le marché, qui ne sont pas membres de l'UIPP. 

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LES ACHATS DE GLYPHOSATE EN CHUTE DE 35%

Si tous les produits sont concernés par cette baisse, c'est du côté des pesticides cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques que la baisse est la plus flagrante. D'après le ministère, les achats de ces produits préoccupants ont chuté de plus de 50% au cours de la dernière année.

Dans cette catégorie, le mancozèbe, un fongicide utilisé notamment dans la culture de la pomme de terre, était, en 2018, le troisième pesticide le plus vendu en France devant le chlorothalonil ou le folpel, un fongicide utilisé dans le vigne.

De son côté, le glyphosate a vu ses ventes s'écrouler de 3 358 tonnes, soit - 35% entre 2018 et 2019. Entre 2017 et 2018, elles avaient augmenté de 11%. Pour rappel, en 2018, cet herbicide facile à l'emploi et peu onéreux restait le produit préféré des agriculteurs français puisqu'il représentait 28,6% des ventes de produits phytosanitaires. Mais la France s'était depuis engagée à ne plus l'utiliser à partir de 2021.

Effet de rattrapage

Les chiffres 2019 sur cette décroissance des pesticides cachent un effet de rattrapage. En 2018, les agriculteurs avaient anticipé la hausse de la redevance pour pollution diffuse (RPD) entrée en vigueur le 1er janvier 2019. "2018 était une année anormale", commente Eugénia Pommaret. 

La baisse de 2019 va toutefois au-delà de l'effet compensatoire, comme le confirme le communiqué des ministères. "Ces évolutions à la baisse compensent totalement l’augmentation des ventes en 2018, intervenue juste avant la hausse de la redevance pour pollution diffuse au 1er janvier 2019. On constate également une diminution de la moyenne triennale".

Autre explication pour l'UIPP: le contexte sanitaire: "2018 était une année avec un printemps humide. 2019 au contraire était plus sec, les maladies se sont donc moins développées", précise Eugénia Pommaret qui demande que des éléments de contexte soient systématiquement ajoutés à la publication des chiffres. 

Les chiffres 2019 sont publiés alors qu'Elisabeth Borne a, mardi 30 juin, ravivé la polémique autour de la sortie du glyphosate. Initialement prévue pour le début de l'année 2021, la ministre a affirmé que la sortie sera mise en œuvre avant la fin du quinquennat en 2022. 

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