Après les sols et l'air, c'est à la question de l'eau que s'attaque Générations Futures. Dans un rapport rendu public ce 17 juin, l'association écologiste s'est penchée sur les données mises en ligne par l'Etat sur le site data.gouv.fr pour faire le point sur la qualité de l'eau du robinet en France en 2019. "L'objectif était de faire une recherche des caractéristiques des molécules présentes dans l'eau" explique François Veillerette, son président.
Les herbicides très présents
Au total, plus de 273 000 prélèvements - et des "millions de lignes Excel", pour reprendre l'expression de Nicolas Malval, le data analyste qui s'est chargé de compiler les données - ont été passés au crible par Générations Futures.
Résultat: 8 835 prélèvements comportent au moins un pesticide. Les herbicides - à l'image de la metolachlore, un produit interdit depuis 2003 et que l'on retrouve pourtant 4 250 fois - sont les phytosanitaires que l'on retrouve le plus régulièrement dans les analyses. "Sur les dix substances le plus retrouvées, sept concernent des produits qui sont désormais interdits comme l'atrazine, l'oxadixyl ou la simazine", note François Veillerette. "Cela n'est pas du tout rassurant et montre l'inertie de notre système d'approvisionnement en eau".
Plus de la moitié des molécules classées cancérigènes ou pertubateurs endocriniens
En se basant sur la liste de l’Union européenne (UE) sur les pesticides pour déterminer ceux considérés comme cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR), et la base de données TEDX qui regroupe les substances soupçonnées d’être des perturbateurs endocriniens (PE), Générations Futures détermine que sur les 185 molécules quantifiées au moins une fois, 24,5% sont classées comme CMR et 49,2% comme PE. "105 molécules avaient l’une ou l’autre des propriétés ou les deux à la fois (soit 56,8%)", résume l'organisation dans son rapport.
Elle précise toutefois ne pas avoir regardé si les pesticides retrouvés étaient dans les limites autorisées au non. "Notre objectif était avant tout de les caractériser", se défend le responsable.
Un manque d'harmonisation entre les régions
Autre sujet d'inquiète soulevé par Générations Futures: les disparités régionales dans les recherches de pesticides. "On retrouve seulement neuf résidus dans l'Aisne contre 252 dans l'Oise alors que les départements sont très proches, avec une agriculture très similaire", note François Veillerette.
Une différence qui provient d'une disparité dans la quantité de pesticides traqués. La liste de ces derniers est établie par chaque agence régionale de santé. "On observe un rapport allant de 1 à 5 entre l'Aisne, un département qui recherche à peine plus de 10 pesticides et le Var qui en traque plus de 500", ajoute le responsable pour lequel "cela ouvre la question du manque d'harmonisation et de protection sur l'ensemble du territoire".
L'organisation appelle donc à une harmonisation des règles de contrôle et à la mise en place d'une politique de réduction systémique de l'usage des pesticides. "La pollution de l'eau est un indicateur général de la pollution de l'environnement, c'est pourquoi nous demandons une réponse systémique au problème" observe François Veillerette.



