GazelEnergie revoit ses projets hydrogène vert post charbon à Gardanne et Saint-Avold

[Mis à jour] À Saint-Avold (Moselle) et Gardanne-Meyreuil (Bouches-du-Rhône), GazelEnergie mise sur l’hydrogène vert et le bois pour maintenir une activité et reclasser ses salariés après la fermeture de ses centrales électriques à charbon, décidée par l’État. Mais il n’est pas si simple de monter des projets durables.

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Centrale thermique Émile-Huchet alimentée au charbon et au gaz, à Saint-Avold (Moselle) - Mars 2019
La centrale électrique à charbon Emile-Huchet de GazelEnergie à Saint-Avold doit encore produire jusqu'à mars 2022.

Octobre 2020. GazelEnergie et Storengy, filiale d’Engie, annoncent en fanfare s’associer pour développer la filière hydrogène en Moselle. Leur projet Emil’hy prévoit l’installation d’une unité de production d’hydrogène par électrolyse de 5 mégawatts (MW) en 2023, sur le site de la centrale à charbon Émile Huchet à Saint-Avold (Moselle), contrainte de fermer en mars 2022 en vertu de la loi énergie climat de novembre 2019. Dans un premier temps, cet hydrogène servira à décarboner la mobilité sur la communauté d’agglomération de Saint-Avold Synergie, notamment en alimentant 15 bus hydrogène. Dans un second temps, la production d’hydrogène serait portée à plus de 50 MW pour alimenter l’industrie locale, mais aussi allemande et la mobilité verte du Luxembourg, en empruntant le futur réseau hydrogène MosaHyc de GRTGaz, avec un stockage dans une cavité saline du site de Storengy de Cerville (Meurthe-et-Moselle).

Emil'hy réduit à 1 MW à Saint-Avold

Onze mois plus tard, Storengy a quitté le projet. Et le projet hydrogène vert de GazelEnergie a fondu. Cette filiale du groupe Energetický a prumyslový holding (EPH), fondé en 2009 et détenu majoritairement par Daniel Kretinsky, avait racheté à l’Allemand Uniper ses activités charbon et renouvelables en France. A ce jour, seule est prévue une unité d’électrolyse de 1 MW pour alimenter la mobilité locale et les bus. L’éventuel stockage se fera sur site. Un nouveau dossier de demande d’aide doit être déposé à l’Ademe courant septembre, dans le cadre de l’appel à projet écosystèmes hydrogène territoriaux.

En revanche, GazelEnergie a également un projet avec H2V de production d'hydrogène vert sur le site de la centrale Emile Huchet, qui pourra alimenter le futur réseau MosaHyc et un site sidérurgique en Allemagne. Un dossier IPCEI (projet de grande importance pour l’Europe), qui permettra à l’État de le financer au-delà des limitations européennes, est sur la table du gouvernement. « Mais on nous explique que la France ne veut pas exporter de l’hydrogène vers l’Allemagne, explique Camille Jaffrelo, la responsable communication et affaires publiques de GazelEnergie. Or, un de nos plus gros clients est en Allemagne. »

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Un projet de CSR abandonné

Pour maintenir une activité sur le site et reclasser les salariés de l’unité charbon d'Emile Huchet (les deux unités gaz sont pilotées par TotalEnergies depuis 2020), la priorité est maintenant au projet de chaudière de 20 MW pour la production de chaleur renouvelable, destinée à alimenter les industriels de la plate-forme voisine de Carling en chaleur verte. Là aussi, GazelEnergie a revu sa copie. Fini, l’alimentation aux combustibles solides de récupération (CSR), l’énergéticien veut maintenant l’alimenter en bois et finalise son plan d’approvisionnement en biomasse locale. Là aussi, la réalisation du projet dépendra des aides de l’État. Sachant que « le maintien des salariés au statut IEG [industries électriques et gazières, ndlr] renchérit le coût du projet », rappelle la porte-parole de GazelEnergie.

Hybiol devient Hynovera à Gardanne

Sur le site de Gardanne-Meyreuil, dans les Bouches-du-Rhône, l’après-charbon s’annonce encore plus compliqué pour l’énergéticien tchèque. Et pas uniquement à cause du très dur conflit social mené par la CGT, qui fait que la dernière unité charbon de 600 MW n’a pas produit depuis plus de deux ans et est officiellement arrêtée depuis avril 2021. L’unité biomasse de 150 MW, lancée en 2016, est elle aussi à l’arrêt après un court redémarrage cet été. Des travaux doivent être effectués pour la désolidariser de l’unité charbon. Même si le site bénéficie d’un contrat d’achat d’électricité garanti de 20 ans, il ne suffit pas à maintenir une activité sur le site de 80 hectares, alors que la pression foncière est très forte localement.

Ici aussi, GazelEnergie mise sur l’hydrogène et les énergies décarbonées. Mais le groupe a là aussi dû revoir sa copie. Son projet Hybiol, prévoyant l’exportation vers l’Allemagne d’un carburant de synthèse à base de méthanol produit à partir d’hydrogène vert avec la start-up allemande Hy2gen, a été recentré sur la France. Désormais baptisé Hynovera, il vise à décarboner la mobilité lourde terrestre et maritime locale, en alimentant notamment les bateaux de Corsica Ferry et les utilitaires de l’aéroport. Ce projet de 400 millions d’euros doit être lancé le 17 septembre.

Gardanne-Meyreuil a un autre projet avec Engie. Annoncé en décembre 2020 et baptisé Canthep, il vise à alimenter le réseau urbain d’Aix-en-Provence avec la chaleur fatale de la centrale biomasse. Mais il faut construire une canalisation de 10 km pour l’acheminer. Impossible sans une solide aide des collectivités locales et de l’État.

Suspendu aux aides d'Etat

Le troisième projet alternatif sur le site est aussi le plus ancien. Il consiste à accueillir une petite scierie, dont les déchets pourraient alimenter quelques jours la centrale biomasse, lui garantissant un revenu stable. Elle fournirait aux forestiers locaux un débouché pour leur bois, qui serait converti en mobilier urbain ou en palettes. Là aussi, un dossier de demande d’aide a été déposé.

« Tous nos projets sont en attente d’une décision de l’État », observe la responsable des affaires publiques de GazelEnergie, qui regrette « l’absence de signaux positifs » de la part du gouvernement. Pourtant, selon elle, si EPH a racheté Saint-Avold et Gardanne-Meyreuil à Uniper (ex E-on) en sachant que les centrales charbon devaient fermer, c’est certes « pour prendre pied en France », mais aussi pour « y investir », affirme Camille Jaffrelo, qui est aussi la collaboratrice Jean-Michel Mazalerat, ex de Dalkia et président de GazelEnergie depuis février 2020. La filiale française d’EPH possède aussi six parcs éoliens et solaires et a développé une activité de fournisseur d’énergie.

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