Le Chili est un pays clé pour Engie. Le groupe y emploie 4 000 personnes et opère dans tous ses principaux métiers, production d’électricité thermique, renouvelables, réseaux électriques, GNL et services énergétiques. À l’international, c’est l'un des quelques pays sur lequel l’énergéticien a décidé de centrer ses investissements, avec les États-Unis, le Brésil et le Bénélux. C’est aussi un pays où l’action d’Engie a fait polémique.
La production massive d’électricité à base de charbon dans le pays (40 % du mix électrique national, mais 60 % pour Engie) a notamment été épinglée dans un documentaire "La Face cachée des énergies vertes", de Jean-Louis Pérez et Guillaume Pitron (Fr., 2020, 95 min) diffusé sur Arte en septembre 2020. En cause, la pollution atmosphérique causée par le charbon utilisé massivement pour alimenter en énergie les mines de cuivre, de potassium et de lithium du pays. De fait, lorsqu’est décidée la construction de nouvelles unités charbon dans le Nord du pays pour remplacer de plus anciennes, « il y a six ans, personne ne pensait au solaire et à l’éolien», explique à l’Usine Nouvelle Frank Démaille, vice-président exécutif d’Engie, en charge de la Transformation et des géographies.
Tenir des engagements de 2019
Les choses ont beaucoup changé. Et en 2019, alors que le Chili doit organiser la COP 25, réunion annuelle de l’ONU des pays pour le climat, le gouvernement annonce que le pays est l’un des premiers au monde à viser la neutralité carbone en 2050, qu'il a un plan pour fermer toutes ses centrales à charbon d’ici à 2040 et que 70 % de son électricité sera produite par des renouvelables d’ici à 2030. En mars 2020, une loi sur l'efficacité énergétique fixe un objectif de réduction de la consommation d'énergie de 5,5 % d'ici 2030 et de 7 % d'ici 2035. Malgré l’instabilité politique du pays et la remise en cause de la constitution, qui doit être réécrite, les acteurs présents dans le pays, comme Engie, Enel depuis le rachat d’Endesa, EDF ou le producteur d’électricité chilien AES Gener, avancent dans cette stratégie.

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Passer du charbon au gaz et à la biomasse
Dans les faits, les renouvelables ne pourront pas totalement remplacer le charbon. Mais Engie a néanmoins trouvé un moyen de sortir du charbon au Chili d’ici à 2025. Comme annoncé en 2019, la société va continuer à fermer les plus veilles unités charbon du pays, soit 800 MW de capacité, sachant que deux ont déjà été fermées à Tocopilla. Les trois unités les plus récentes, soit 700 MW, seront, elles, converties d’ici à 2025. La plus puissante, à Mejillones d’une capacité de 375 mégawatts (MW) sera convertie au gaz naturel, importé notamment via le terminal GNL qu’opère Engie au Chili. Les deux autres seront converties à la biomasse importée, probablement des États-Unis ou du Canada. Mais «les centrales charbon converties ne serviront principalement plus qu’en back up, soit environ à 20 % de leurs capacités actuelles», précise le responsable d’Engie. Selon l'entreprise française, ces conversions représenteront un investissement de l’ordre de la centaine de millions d‘euros.
1,5 milliard d'euros dans les renouvelables
Les clients miniers d’Engie seront donc alimentés essentiellement en électricité renouvelable. «On a déjà renégocié nos anciens contrats», explique Frank Démaille. Le groupe va investir 1,5 milliard d’euros dans la construction de nouvelles capacités éoliennes et solaires dans le pays, notamment dans le désert d’Atacama ou l’ensoleillement est maximal et ou les vents sont forts et réguliers jour et nuit, pour atteindre les 2 gigawatts (GW). Via une filiale locale, Engie dispose déjà de 150 MW de renouvelables dans le pays et de 550 MW en construction. 550 MW sont en cours de permis. Le reste est en développement.
Mais pour décarboner le mix de ses clients, minier notamment, Engie s'appuie sur l’hydrogène, secteur dans lequel le Chili a le très (trop ?) ambitieux plan de construire 5GW de capacités de production, notamment pour l’export d’hydrogène ou d’ammoniac vert. Engie se concentre d’abord sur la décarbonation de ses clients et annonce trois pilotes. Le plus avancé, HyX en partenariat avec le groupe chilien Eneax vise l’installation de 36 MW d’électrolyseurs pour produire des explosifs utilisés dans les mines à base d’hydrogène vert. Si le projet aboutit, il ferait diminuer les émissions d’Eneax de 1,4 million de tonnes de CO2 par an, avance Engie.
De l'hydrogène vert pour les mines
Le deuxième pilote, Hydra, moins avancé, est monté avec le groupe Corfo, pour (comme Engie le teste déjà en Afrique du Sud) convertir à l’hydrogène les camions XXL utilisés dans les mines, qui engloutissent aujourd’hui 300 à 4 000 litres de diesel par jour et décarboner 100 % des véhicules miniers. Mais Engie reconnaît avoir besoin du soutien du gouvernement chilien pour faire pression sur Codelco, le premier minier du pays, pour y parvenir. Le troisième pilote vise à convertir à l’hydrogène des utilitaires du géant de la grande distribution Walmart.
Si Engie réussit à mener à bien tous ces projets, cela lui permettra de réduire de 80 % d'ici à 2026 les les émissions de CO2 de ses activités de production d’énergie au Chili. Cela équivaudrait à supprimer l’empreinte carbone de 30 % des véhicules du pays, a expliqué Catherine MacGregor, la nouvelle directrice générale du groupe au président du pays, Sebastian Piñera, et sa ministre de l’Environnement lors d’une rencontre le 28 avril. Un pas de géant vers la neutralité carbone du pays. Et un test grandeur nature de la nouvelle stratégie de transition énergétique d’Engie.



