Portrait

[Femme de l'industrie 2023] Céline Laget, un besoin de prendre le large

Céline Laget, la fondatrice et directrice générale de Sterne, est lauréate des Trophées des femmes de l’industrie 2023 dans la catégorie Femme entrepreneure. La cérémonie, organisée par L'Usine Nouvelle, a eu lieu le 28 septembre.

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Celine Laget, fondatrice et directrice générale de Sterne.

Il lui fallait au moins le désert marocain pour étancher, à 52 ans, sa soif de grands horizons. Boussole et carte des années 1960 en main, nuit sous la tente sur un mauvais matelas gonflable... Céline Laget a passé dix jours, en mars 2023, dans un 4X4 conduit par une autre cheffe d’entreprise rencontrée dans l’un des nombreux cercles de patrons qu’elle fréquente. Une participation au Rallye Aïcha des gazelles décidée sur un coup de tête.

«Quand on gère une entreprise, on est dans la maîtrise. C’était l’occasion de sortir de ma zone de confort, physique et intellectuelle. Je ne savais pas naviguer à l’ancienne, ni conduire un 4X4. C’est très gratifiant de réussir à faire quelque chose qu’on ne savait pas faire !, se félicite-t-elle. Le plus dur était de laisser mon entreprise pendant trois semaines, dont dix jours sans téléphone.»

Avec qui rêveriez-vous de travailler ?

Avec l’amiral Olivier Lajous, ancien DRH de la Marine. Il explique que sur un bateau, on n'a pas le choix, on fait confiance à l'équipage. Il m’a beaucoup inspirée.

Céline Laget a créé son entreprise, Sterne, en 1996, à 26 ans. Diplômée d’une maîtrise de gestion, elle supportait mal le «cadre imposé» de son travail de gestionnaire dans une entreprise de meubles. «J’ai besoin d’autonomie !» Avec un associé au profil technique, elle démarre l’importation de feuilles et produits semi-finis en silicone, depuis le premier étage d’un petit bureau de centre-ville à L’Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse. «On a eu la chance d’accrocher un fabricant, en Suède, qui cherchait un distributeur», se souvient-elle.

Des nuits difficiles

En 1999, Sterne déménage à Cavaillon et achète des machines pour fabriquer ses propres feuilles. «C’est là que ça s’est compliqué ! Dans le négoce, la marge est sûre. Quand on s’industrialise, il faut sortir du chiffre ! Je me souviens de nuits – et de fins de mois – difficiles. C’est ça, la vie d’entrepreneur !» L’entreprise, qui travaillait surtout pour les chaînes de production de l’agroalimentaire, se diversifie dans le médical et se dote d’une première salle blanche «autoconstruite». «C’est un vrai virage, une vraie usine, une vraie équipe. Il y a une personne au bureau d’études, une autre au service qualité. Je développe l’international moi-même», détaille-t-elle.

Après avoir intégré un groupe puis en être sorti, Sterne, 75 salariés et 14,5 millions de chiffre d’affaires attendu en 2023, a rejoint Exsto, «un groupe ardéchois, placé sur des marchés de niche comme nous». Une nouvelle salle blanche sera installée au Brésil en octobre, la première du pays à fabriquer des produits en silicone pour le médical. «Ma mère était cantinière, mon père mécanicien de poids lourds, rien ne me prédisposait à devenir cheffe d’entreprise ! D’autant que mon père, militant communiste, m’a élevée en me disant beaucoup de mal des patrons. Au début, les repas de famille, c’était quelque chose ! Depuis, il a changé de vision...»

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