Pas de bureau individuel pour la première femme à diriger l’usine de recyclage des combustibles nucléaires usés d’Orano à La Hague (Manche). Dans le nouveau bâtiment de vie et de bureaux du site, Stéphanie Gaiffe se plie aux règles de l’open space et du flex office. Et cela n’étonne et ne gêne personne, surtout pas elle, tant la nouvelle directrice du site, en fonction depuis mai 2023, pratique un management de proximité.
«C’est son trait de caractère. Elle a des valeurs d’équipe et fait la bise aux salariés», glisse un proche collaborateur. Il faut dire que cette Normande de 53 ans connaît tout le monde à La Hague, ou presque. Et pas uniquement parce qu’elle est native de Cherbourg. Mais parce qu’elle est, comme elle le dit elle-même, «une petite qui a grandi» ici, sur le site d’Orano à La Hague, où elle est arrivée en 2004.
Une orientation de carrière par défaut pour cette titulaire d’un doctorat en mathématiques appliquées qui avait choisi la recherche et, durant dix ans, travaillé à l’Institut français du pétrole (Ifpen) puis à la direction des applications militaires du Commissariat à l’énergie atomique (CEA DAM). «Lorsque mon mari a été muté à l’usine Orano de La Hague, nous avions deux très jeunes enfants. La famille l’a suivi.» Mais, ne trouvant pas dans la recherche à Cherbourg, elle va, à son tour, travailler à La Hague.
Elle y commence comme adjointe, puis responsable d’une équipe d’une quinzaine de personnes travaillant au contrôle des matières nucléaires. «Cela m’a donné une vision très transverse de l’usine» et aujourd’hui de connaître à la fois tous les métiers et les collaborateurs. «C’est surtout ça qui m’a aidée, plus que d’être originaire de la région, d’être considérée comme légitime» à la direction du site. Le chemin n’a pourtant pas été simple. «Après mon poste au contrôle des matières, j’ai quitté l’usine pendant cinq ans pour une autre division d’Orano, parce que ça devenait compliqué pour moi. À chaque fois que je voulais changer de direction, on me disait non, car mon mari avait occupé le poste avant. Lorsqu’il a quitté l’usine. J’y suis revenue. Et c’était dix mille fois plus simple.»
De démantèlements en rénovations
Diriger le site de La Hague n’est pourtant pas une sinécure. Depuis plusieurs années, le lieu est un perpétuel chantier, de démantèlement, de rénovation et de prolongation des unités existantes (pour les amener jusqu’en 2040), de construction d’unités d’entreposage des combustibles recyclés sans parler de l’érection d’un mur d’enceinte en béton.
En plus, Stéphanie Gaiffe doit préparer la construction d’une unité de recyclage de combustibles des EPR2 et des SMR qui produiront jusqu’en 2100, voire au-delà. Pour gérer ces horizons de temps, elle met en place une organisation bien rodée. «Je consacre en général la première partie de la journée au court terme. On est avant tout une usine de production. Donc, chaque matin, on fait le bilan de la production de la veille, des points de blocages et des travaux de maintenance pour la journée et le lendemain. Le reste de la journée est consacré aux actions de progrès, de transformation de moyen et de long terme.» Toujours en équipe et de préférence sur le terrain. Même si elle avait un bureau à elle, elle n’y serait pas souvent.
Fière d’avoir réussi à trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie privée, Stéphanie Gaiffe reconnaît qu’elle n’a plus, maintenant que ses enfants sont grands, «cette corde qui la rappelle à la maison tous les soirs. Comme je suis passionnée par mon travail, j’ai tendance à négliger le temps personnel que je devrais m’accorder». Les longues randonnées deviennent rares. Le temps consacré à la lecture de polar, aussi. Elle le trouve néanmoins pour courir un peu et entretenir un potager de 80 mètres carrés.
L’œuvre qui la caractérise
“La Tresse”, de Laetitia Colombani
« Une leçon de courage et de résilience, qui prouve qu’avec l’envie et la force, tout devient possible. »



