La sécheresse touche déjà 26 départements et la Fédération des entreprises des services de l’eau et d’assainissement (FP2E) qui regroupe les entreprises distribuant 60 % de l’eau en France, appelle les usagers à la sobriété. Non seulement les services publics de l’eau, mais aussi les industriels et les agriculteurs.
Le FP2E indique qu’après « deux ans de recharge satisfaisante des nappes d’eau souterraines, leur état est aujourd’hui préoccupant en plusieurs endroits (Côte d’Azur, Provence, Bas-Dauphiné, Vendée, Charentes, Maine, Touraine…), du fait d’un fort déficit de précipitations (-19%) entre septembre 2021 et avril 2022, comparable à celui enregistré en 2019. La première quinzaine de mai 2022 fut même, en certains endroits, la plus déficitaire en précipitations depuis 1958, selon Météo France. »
Une plateforme numérique sur les niveaux d’eau
En matière de données sur la sécheresse et le niveau des nappes phréatiques, la France est plutôt bien armée, ce qui permet d’anticiper. Une surveillance qui n’est pas encore aussi développée dans les pays européens, selon l’entreprise Imageau. Cette entreprise fondée en 2009 et issue du CNRS Géosciences de Montpellier spécialisée dans la gestion active des ressources en eau souterraine a été rachetée en 2017 par le groupe Saur, spécialiste de la gestion des réseaux d’eau. Depuis deux ans, ce bureau d’études en hydrogéologie a lancé la plateforme numérique « info-sécheresse » qui rassemble et interprète en continu l’ensemble des données publiques sur la météorologie, l’hydrologie et l‘hydrogéologie.
« Il était compliqué de trouver toutes les données météorologiques et hydrogéologiques, qui permettent d’anticiper une situation de stress hydrique, explique Olivier Depraz, directeur général d’Imageau. Sur cette plateforme, nous avons mis en open data toutes les données météo, sur le niveau des cours d’eau, des nappes phréatiques et des précipitations. » Ce site est utilisé à 50 % par le grand public et 50% par les professionnels. Il est gratuit mais pour passer à des solutions complètes et personnalisées sur le réseau d’une communauté de communes, d’une métropole ou d’une industrie, la prestation est facturée.
Plus de 10 000 points de surveillance
« Les industriels ont les mêmes besoins. Nous travaillons avec Goodyear ou Biospringer, analyse OIivier Depraz. Mais aussi le syndicat des eaux de la Manche, les métropoles de Montpellier, Perpignan ou Béthune-Bruay… Au total, nous avons environ 200 clients. » Un volet prévisions à 20 jours sur les niveaux des nappes phréatiques et le débit des cours d’eau est également proposé.
Pour obtenir toutes ces données, Imageau analyse 70 ans de données pluviométriques et de températures journalières. Un millier de stations météorologiques sont suivies et mises à jour quotidiennement. Pour le débit des cours d’eau, ce sont 1480 stations qui sont suivies avec un historique de 30 ans. Pour les nappes phréatiques, outre un historique d’une quinzaine d’années, Imageau s'appuie sur 4000 piézomètres (mesure de la pression). Info-sécheresse analyse plus de 30 000 indicateurs sur la sécheresse et 10 000 points de surveillance. Cette start-up a également conçu, il y a quelques années, la technologie SMD (Subsurface Monitoring Device) et brevetée. Elle mesure « la qualité des nappes phréatiques selon leur conductivité électrique, grâce à des capteurs installés en forage et connectés à un système de visualisation des données sur Internet. »
Vers la pire situation jamais connue
Imageau a donc une vision détaillée de la situation du printemps 2022. Une baisse de la consommation depuis plusieurs années (environ 10 %) ne peut compenser la situation liée au réchauffement climatique, avec des vagues de fortes chaleurs. « On observe aujourd’hui (14 juin) une situation que l’on a habituellement au mois d’août, indique Marjorie Bertrand, ingénieure hydrogéologue en charge du développement de la plateforme. La situation est préoccupante. L’impact de la chaleur sur la consommation d’eau est important. Dans le Gard [l’entreprise est basée à Nîmes, NDLR] la semaine dernière, nous avons atteint la consommation d’eau du mois de juillet quand il y a les touristes. Certaines agglomérations réfléchissent déjà à alimenter des camions citernes. »
Grâce à la présence de data scientists dans l’équipe Imageau et l’utilisation de l’intelligence artificielle, il est possible d’obtenir des prévisions à 90 jours sur certains territoires. « Dans la Manche, le scénario pessimiste, s’il n’y pas de pluie, nous indique qu’on atteindra les niveaux les plus bas jamais connus, précise Marjorie Bertrand. S’il pleut, dans un scénario le plus optimiste, on pourrait se retrouver dans la moyenne des deux dernières années. »
Vivement les pluies d’automne ! Et des consultations plus légères sur Info-Sécheresse. A cette époque de l’année, la plateforme est aussi scrutée par ceux qui partent à la chasse aux champignons…



