Après la guerre en Ukraine, la sécheresse... Le déficit de pluie qui touche l'hexagone depuis le début de l'hiver pourrait aggraver les tensions existantes sur le marché des céréales. Selon les chiffres de Météo France, le pays affiche un déficit d'eau de 19% entre septembre et avril 2022 par rapport à la même période de 2021. La situation est particulièrement compliquée depuis le mois de février, «le déficit mensuel de précipitations atteint 30 % à 40 % en février et en mars, et 25 % en avril» précise l'institut dans un communiqué envoyé ce 12 mai.
Situation tendue pour le blé et l'orge
Résultat, les cultures d'orge et de blé, actuellement en pleine croissance, pourraient être le premières touchées par l'épisode de fortes chaleurs que connait la France ce printemps. «La période de sensibilité à la sécheresse démarre à la montaison (montée de la tige portant les épis) jusqu'au grain laiteux. Nous sommes en plein milieu», explique Serge Zaka, expert climat et agriculteur chez le fournisseur de solution pour l'agriculture IKT sur twitter.
Concrètement, si l'on prend le cas du blé, l'épisode de sécheresse aura un impact sur le nombre d'épis par plant. A cette baisse s'ajoute une diminution du nombre de grain par épis et une chute du taux de remplissage des blés. «Cela aura un impact sur la production céréalière», avertit le ministère de l'Agriculture. Et les pluies orageuses prévues dans les jours à venir ne devrait rien y changer. «Les dégâts sont irréversibles. Chaque jour nous perdons quelques pourcentages de rendement. Un épi desséché est un épi définitivement perdu», ajoute Serge Zaka.
Le cabinet d'études agro-économiques Stratégie Grains vient d'abaisser de 500 000 tonnes ses projections pour la récolte européenne de blé tendre à 126,2 millions de tonnes, contre 130,3 l'an dernier. La prévision pour la récolte européenne de maïs a également été abaissée de 400 000 tonnes, à 66,7 millions. «Sans pluies dans les dix jours à venir, le potentiel de rendement des céréales pourrait être affecté de façon irréversible, notamment pour le blé tendre qui rentre dans une période de croissance critique» confirme FranceAgrimer tout en rappelant qu'avant l'épisode de sécheresse actuel, le rendement attendu pour la récolte 2022 était «prometteur et bien supérieur à celui des 5 dernières années».

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Si l'absence de pluie devait se prolonger, d'autres cultures dîtes de printemps pourraient également être touchées. «Le tournesol vient d’être semé. Il aura besoin d'eau comme toute plantes même si c'est une culture assez robuste en la matière», confirme par exemple à L'Usine Nouvelle le groupe Avril qui n'exclut par «des répercussions sur la récolte comme sur toutes les cultures si le contexte de sécheresse continuait à être marqué».
Impact sur les prix et les exportations
Cette perspective a d'ores et déjà des conséquences sur le cours des matières premières. Le prix du blé livré à échéance de septembre 2022 vient, par exemple, de dépasser le record de 400 euros la tonne sur Euronext. Pour rappel, fin avril, il atteignait les 374,5 euros la tonne.
Cette nouvelle envolée aura un impact sur les prix des produits agroalimentaires. Fortement affectés par la guerre en Ukraine, ces derniers ont déjà explosé de 3% en avril dernier selon les données de l'IRI. Certains secteurs, particulièrement gourmands en céréales comme les pâtes ou les huiles affichent même respectivement des tarifs en hausse de 15,3 et 10%.
Elle devrait également avoir des conséquences sur les exportations française de blé. Pour rappel, l'hexagone est le premier producteur européen de blé. «Le ralentissement des importations de la Chine suite aux nouvelles mesures de confinement anti-COVID prises par le pays, mais aussi la cherté actuelle du prix du blé qui limite les capacités d’achat de certains pays» explique FranceAgrimer. Résultat, l'institut révise à la baisse ses prévisions d’exportations françaises de blé tendre à 9,25 millions de tonnes vers les pays tiers, soit 250 000 tonnes de moins par rapport aux prévisions d’avril 2022 et à moins de 8 millions de tonnes vers l’Union européenne, soit 60 000 tonnes de moins.



