Comment le groupe Avril arbitre entre l’huile alimentaire et agrocarburants sur son site du Mériot

Dans l'Aube, sur le site du Mériot, le groupe Avril produit, depuis plus de 15 ans, de l'huile de colza à la fois pour l'agroalimentaire et pour les biocarburants. Alors que la guerre en Ukraine fait monter les cours des huiles végétales, l'usine du Mériot doit arbitrer entre ses deux débouchés. 

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Cuve de biocarburant B100
Le biocarburant Oléo 100 est produit sur le site du Meriot de Saipol

Un champ de fleurs jaunes planté en plein coeur de l’usine annonce la couleur : le colza est roi dans l’usine du Mériot du groupe Avril. Le site, de plus de 16 hectares installé près de Nogent-sur-Seine dans l’Aube a été inauguré il y a 15 ans. Chaque année, il s’y transforme jusqu’à un million de graines de colza, soit l’équivalent de 280 000 hectares en huile. Sur les cinq sites de production de Saipol (la filiale du groupe Avril qui assure la première transformation des graines oléagineuses), Le Mériot est l'unique usine dédiée exclusivement au travail du colza. Pour cela, 91 salariés travaillent chaque jour sur un site qui fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

440 tonnes brutes d'huile produites au Meriot

Apportées par 150 camions par jour auquel s'ajoutent deux trains chaque semaine, les graines de colza y sont nettoyées, pré-cuites, aplaties, avant d'être transformées en «440 000 tonnes d’huiles brutes»  explique Jérome Landreat, le directeur du site. Cette huile a deux principaux débouchés : l'alimentaire et les biocarburants. Depuis quelques années, le site produit également de la glycérine végétale pour l'industrie des cosmétiques et de la lécithine de colza dont le rôle est de remplacer celle de soja utilisée notamment dans la chocolaterie. Mais à l’heure où, sous la pression de la réduction de l’offre de tournesol ukrainien et les effets de substitution, les cours du colza s’envolent, le site du Mériot doit arbitrer entre les différents usages. 

Processus de production de l'huile de colzaAH
Processus de production de l'huile de colza Processus de production de l'huile de colza

Process de fabrication de l'huile à partir de la graine de colza. Crédit: AH

Actuellement, 200 000 tonnes partent vers les autres sites de production du groupe parmi lesquels l’usine d’agroalimentaireLesieur de Coudekerque-branche (59) et 200 000 tonnes sont utilisées pour les énergies renouvelables.

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Le groupe Avril est, en effet, le producteur du diester, un carburant composé de 7% d’agrocarburant et d’Oléo 100, un carburant 100% à base de colza français. «Nos biocarburants sont composés à 100% de colza français. Le peu de tournesol qui entrait dans leur composition a été totalement réorienté vers l’alimentaire pour faire face à la forte demande», précise Jérome Landréat.

Atteindre les 30 000 véhicules alimentés à l'oléo 100 d'ici 2025

600 clients et 3500 moteurs utilisent déjà l’Oléo 100 notamment dans leur flotte captive. «Notre objectif est d’atteindre les 30 000 véhicules d’ici à 2025 soit 300 000 mètres cubes». Le groupe espère que l’obtention de la vignette Crit'Air 1 pour les véhicules utilisant exclusivement le B100 sera un levier. «Le principal atout de notre carburant 100% colza est de permettre une réduction de 60% des gaz à effet de serre et de 80% des particules fines. C’est d’ailleurs à ce titre que les véhicules bénéficient de la vignette Crit'Air 1».

Usine du Mériot groupe AvrilAH
Usine du Mériot groupe Avril Usine du Mériot groupe Avril

Vue de l'usine du Meriot du groupe Avril. crédit AH

Pas de changement d'objectif malgré la crise ukrainienne

La crise ukrainienne et l’augmentation de la demande d’huile de colza - en substitution à l’huile de tournesol- pour l’usage alimentaire ne devrait avoir que peu d’impacts sur les objectifs du groupe. «Actuellement, à peine un tiers de la production française de graines de colza est utilisée pour l'alimentation. La demande est donc encore largement inférieure à l’offre», se défend Christophe Beaunoir directeur général de Saipol, «d'autant plus que les véhicules diesel étant de moins en moins nombreux, les volumes commercialisés de biodiesel sont passé à 1 million de tonnes contre 1,7 million en 2018.»

L'alimentation animale à base de colza, priorité du plan protéines

«Ce sont surtout les tourteaux de colza, utilisés dans l’alimentation animale qui justifient que nous utilisions aujourd’hui les huiles pour d’autres usages que l’alimentation»  abonde Jérôme Landréat soulignant que quel que soit le débouché pour l'huile, le colza sert, dans tous les cas, à nourrir les élevages.

Sur le site du Mériot, en plus des huiles, ce sont 550 000 tonnes de tourteaux qui sont produits chaque année. Actuellement 13 000 tonnes sont entreposés sur le site sous forme de granulés avant d’être envoyés dans les élevages. Leur forte teneur en protéine, plus de 36%, en font un fort concurrent au soja importé notamment d’Amérique du sud. Un atout qui place le groupe au coeur du plan protéines annoncé en décembre 2020 et dont l'objectif est de renforcer l'autonomie alimentaire française notamment en réduisant les importations de protéines pour l'alimentation animale.  «Aujourd'hui, la France importe deux fois de soja qu'en 1980 et consomme 54% de protéines produites localement contre 33% dans l'ensemble des pays européens, il y a donc un vrai enjeu autour de ce sujet», observe Christophe Beaunoir. Tout comme dans sur le sujet des agrocarburants, avec le site du Mériot, Avril entend occuper une position stratégique.

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