Va-t-on manquer de chips fabriquées en France à l'heure de l'apéro cet été ? Avec la pénurie d’huile de tournesol qui guette la France, ce n'est pas impossible. La guerre en Ukraine démarrée le 24 février 2022 a donné un coup d’arrêt aux exportations de ce pays. Résultat, le prix de cette matière première a doublé en l’espace d’un mois, rapportent plusieurs industriels qui en consomment massivement comme McCain, spécialisé dans les produits surgelés à base de pomme de terre ou Vico, fabricant de chips. « Avant la guerre, courant janvier 2022, nous achetions à 1 800 euros l’IBC (contenant de 1000 litres, ndlr) d’huile de tournesol. Aujourd’hui, le prix est monté à 3 600 euros, rapporte à l’Usine Nouvelle Julie Gérard, co-fondatrice de So Chips, entreprise qui fabrique des chips made in France depuis 2018.
Forte dépendance de l’Ukraine
A elle seule, l’Ukraine possède 50 % des parts de marché mondiales sur les exportations d’huile de tournesol et la Russie 30 %. En France, la totalité des importations d’huile de tournesol provient d’Ukraine selon le groupe Avril, géant de l’agroalimentaire. Le marché français représente 471 millions de litres d’huile dont près de la moitié – 218 millions de litres – est consommée par les industriels. Elément indispensable à la friture, elle représente par exemple 30 % des ingrédients de la chips au sein de l’entreprise So Chips.
Heureusement, la France est aussi productrice, à hauteur de 774 000 tonnes d’huile de tournesol par an. Avec les stocks réalisés par les industriels, une flambée des prix est plus à craindre qu’une pénurie à proprement parler. McCain dispose de stocks jusqu’en septembre 2022, So Chips est assuré pour quatre mois encore. A cela s’ajoute la possibilité de trouver une alternative à l’huile de tournesol. Sur ce volet, les équipes d’achats des industriels sont en branle-bas de combat comme dans le groupe Mondelez. Dans un communiqué laconique, cette multinationale agroalimentaire américaine présente en France affirme avoir «pris la décision temporaire de remplacer l’huile de tournesol, quand cela est possible et nécessaire, par d'autres huiles végétales durables. »

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
L’huile de colza est souvent identifiée comme produit de substitution car les volumes de production sont trois fois plus importants en France par rapport à l’huile de tournesol. Cette huile est aussi plébiscitée pour ses bienfaits nutritionnels grâce à la présence d’omégas 3 et 6. L’huile de maïs, d’arachide ainsi que les huiles de mélange représentent aussi une alternative. De son côté So Chips n'envisage pas de virage vers une autre huile, car l'entreprise ne trouve pas d'équivalent avec l'huile "oléique" de tournesol, résistante à la chaleur.

Productions d'huiles en France. Source : Terra Univia - Chiffres clés 2020 (édition 2021).
Une occasion de booster la production française
Comme toute crise à ses vertus, la pénurie d’huile de tournesol doit, pour les représentants de la filière française, inciter à développer la production du pays. Terra Univia qui rassemble l’interprofession des huiles et des protéines végétales encourage à augmenter les cultures existantes de tournesol, actuellement de 700 000 hectares, pour moins dépendre des importations.
La culture de cette plante serait même très intéressante d’un point de vue économique et écologique. « La culture de tournesol en France a connu de très bons résultats technico-économiques en 2021 avec des rendements moyens compris entre 28 et plus de 30 quintaux par hectare (ha) selon les bassins de production », précise Terra Univia dans un communiqué. En outre, le tournesol est peu gourmand en engrais en plus de ne nécessiter que peu d’eau et de traitements. Jeudi 14 avril, le groupe Avril a dévoilé un plan pour augmenter sa capacité de production d'huile de tournesol en France de 30% d'ici 2023. « Notre objectif est d'atteindre les 900 000 hectares dès l'année prochaine », a expliqué Jean-Philippe Puig, directeur général du groupe.



