Comment l’industrie allemande se prépare à des pénuries de gaz

Depuis que l’Allemagne a activé le premier niveau de son plan d'urgence pour garantir son approvisionnement en gaz naturel, face à la menace d'un arrêt des livraisons russes, les entreprises craignent des rationnements ou un système de priorisation.

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Site stockage gaz Gazprom Allemagne
Le gouvernement allemand va nationaliser temporairement les activités de Gazprom dans le pays. Le groupe russe gérait plusieurs sites de stockage de gaz.

Face à la menace d'un arrêt des livraisons de gaz russe, le gouvernement allemand a activé son plan d’urgence pour assurer la continuité de son approvisionnement. Celui-ci comprend trois stades : un niveau de vigilance précoce, un niveau d’alerte et un niveau d’urgence. Déclenché le 30 mars, le premier prévoit la mise en place de cellules de crise à l’échelle fédérale et des Länder pour observer de près l’évolution de la situation. Illustration : un porte-parole de l’aciériste Feralpi à Riesa (Saxe) a déclaré que l’entreprise avait été approchée par les services d’Etat régionaux pour savoir quelles seraient les conséquences concrètes d’une baisse de la fourniture en gaz sur sa production d’acier.

Car si pour le moment, aucun problème de ravitaillement n’a été constaté, les entrepreneurs allemands se préparent au scénario du pire.

En cas d’activation du niveau 3 du plan gouvernemental, l’Agence fédérale des réseaux serait en effet tenue de mettre en place un système de priorisation. Les particuliers, les systèmes de santé et l’agriculture feraient alors partie des clients servis en priorité. « De très nombreux secteurs ont besoin de gaz : la sidérurgie, la chimie, la pharmacie, le secteur du verre, les plastiques, dont dépend ensuite toute l’industrie… », liste Klaus Olbricht, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Magdebourg (Saxe-Anhalt), Land qui compte de nombreux chimistes. Il met donc en garde contre des perturbations importantes de toute la chaîne de valeur. Outre-Rhin, l’industrie est la plus grosse consommatrice de gaz naturel (38,5 % des volumes), devant les ménages.

«Nous sommes en train de réfléchir à la manière dont nous pourrions, dans le pire des cas, arrêter certaines de nos cuves de fusion de manière contrôlée», a pour sa part déclaré au quotidien économique Handelsblatt Nikolaus Wiegand, directeur général du fabricant de verre Wiegand-Glas, dont le siège se situe à Steinbach am Wald (Bavière). Ses onze cuves consomment 1,3 térawattheure de gaz par an et leur mise à l’arrêt entraînerait un préjudice de plusieurs millions d’euros.

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Des factures de gaz qui flambent

Par ailleurs, plus encore que d’éventuelles pénuries, c’est aussi la flambée des prix qui inquiètent les chefs d’entreprise. Lars Böttcher, directeur de l’usine chimique de Bad Köstritz (CWK) en Thuringe, estime « qu’à production identique, la facture de gaz s’est élevée à 2,2 millions d’euros en 2020, puis 4,5 millions d’euros en 2021. Rien que pour le premier trimestre 2022, elle pourrait déjà atteindre 4,5 millions d’euros, en dépit d’économies sur le chauffage réalisées cet hiver ». Une hausse qu’il envisage de reporter sur les prix des commandes à venir. L’usine utilise le gaz notamment pour sa production de vapeur et les processus de séchage des composés chimiques. « En théorie, nous pourrions nous alimenter en électricité, mais ce n’est pas une bonne solution, compte-tenu de ses prix également très élevés », ajoute-t-il. 

Dans ce contexte tendu, les critiques se focalisent donc sur la dépendance de l’Allemagne à la Russie, dans l’approvisionnement, mais aussi dans les capacités de stockage. Selon l’association des opérateurs de stockage de gaz et d’hydrogène Ines, le pays compte environ 40 installations de stockage souterrain, opérées par une vingtaine d’acteurs. Le plus important exploitant est le groupe énergétique Uniper, qui gère un quart de la capacité de stockage du pays. Il est suivi par le groupe public Gazprom qui possède pour sa part entre 20 et 25 % de la réserve allemande, en particulier grâce au réservoir de Rehden en Basse-Saxe. Grand comme 910 terrains de football et détenant une capacité de 4 milliards de mètres cubes de gaz, il s’agit du plus grand d’Europe. Appartenant jusqu’en 2015 à BASF, il a été cédé à la société Astora, filiale de Gazprom, sans que les milieux politiques ni économiques, à l’époque, ne se soient opposés à cette vente. Aujourd’hui, l’Allemagne se demande comment elle a pu en arriver là. 

Une nationalisation des filiales des énergéticiens russes en Allemagne

Tandis qu’une loi instaurant une réserve nationale stratégique pour sécuriser les stocks de l’hiver prochain pourrait entrer en vigueur en mai, la coalition gouvernementale a annoncé le 4 avril prendre temporairement le contrôle de la filiale de Gazprom en Allemagne, au moins jusqu'en septembre 2022. Une nationalisation temporaire du même type est envisagée pour le groupe pétrolier russe Rosneft. Le gazier russe avait annoncé son retrait de ses filiales en Allemagne et en Grande-Bretagne, sans qu’un nouveau propriétaire ne soit désigné. 

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