Chronique

Les Etats-Unis, nouveau fournisseur stratégique (mais insuffisant) de l’Europe en gaz

En janvier, les Etats-Unis ont représenté la moitié des importations de gaz naturel liquéfié (GNL) de l’Europe. Mais ils ne pourront pas à eux seuls compenser les importations de gaz russe. Matière à penser, la chronique matières premières de l'Usine Nouvelle.

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Total navire avitailleur GNL
Les Etats-Unis sont devenus l'an dernier le premier exportateur mondial de GNL

Alors que l’Europe cherche désespérément des alternatives à ses approvisionnements en gaz russe, l’administration Biden vole au secours de ses alliés. Le 16 mars, le département de l’énergie américain a autorisé les deux unités de liquéfaction de Sabine Pass en Louisiane et Corpus Christi au Texas à augmenter leurs volumes d’exportations. Les Etats-Unis « font tout pour trouver des moyens d’aider nos alliés et leur fournir l’énergie dont ils ont besoin », a assuré l’administration. Les volumes ne devraient pas suffire à apaiser les marchés.« L’autorisation représente sept bateaux supplémentaires par mois mis sur le marché mondial », tempère Thierry Bros, professeur à Sciences Po.

Avec la crise russe, les Etats-Unis jouent un rôle croissant dans l’approvisionnement en gaz de l’Europe. L’an dernier, ils sont devenus le premier fournisseur de gaz naturel liquéfié (GNL) de l’Europe, représentant 28% des importations de GNL européennes, contre 22% l’année précédente. Entre novembre 2021 et janvier 2022, les volumes importés ont quasiment doublé pour atteindre 4,4 milliards de m3, soit 44% du total de GNL consommé en Europe.

Premier fournisseur de l'Europe en GNL

La flambée des prix sur le marché européen a dérouté vers l'Europe des bateaux initialement destinés à l’Asie. Pendant le seul mois de janvier, 47 méthaniers partis de Louisiane ou du Texas ont ainsi pris la route de l’Europe, contre 248 l’an dernier.« Le GNL américain est le plus flexible, car les contrats ne sont pas liés à un port de livraison final. Rediriger des cargaisons est beaucoup plus simple que lorsque le Japon avait eu besoin d’accélérer ses approvisionnements en gaz après Fukushima », souligne Thierry Bros.

Alors que les Etats-Unis n’ont commencé leurs livraisons de GNL qu’en 2016, ils sont devenus l’an dernier les premiers exportateurs mondiaux devant le Qatar et l’Australie. L’Agence de l’énergie américaine estime que les capacités d’exportation du pays devraient augmenter de 16% en 2022 par rapport à 2021. La nouvelle unité de liquéfaction de Calcasieu pass en Louisiane, opérée par Venture Global, doit fonctionner à pleine capacité dans les prochains mois et une extension est déjà prévue.CheniereEnergy a mis en service en début d’année l’extension de son site de Sabine pass.

Des capacités encore à venir

Mais l'Europe reste en compétition avec l'Asie pour attirer les cargaisons. « Mais même en re-routant la totalité de les exportations de GNL vers l’Europe, les Etats-Unis ne peuvent pas combler à eux seuls une disparition des 155 milliards de m3 d'importations russes de gaz naturel », prévient Nicolas Mazzucchi, chercheur à la fondation pour la recherche stratégique.

D’autres projets de terminaux de liquéfaction sont en cours aux Etats-Unis, mais ils ne pourront venir soutenir le marché international que dans quelques années, la construction d’une usine de liquéfaction durant au moins trois ans. Pour accélérer ces investissements, « encore faudrait-il que les Européens rassurent leurs partenaires en s’engageant dans des contrats long terme », pointe Thierry Bros. Engie vient de réviser à la hausse les volumes de son contrat avec Cheniere Energy, conclu en 2021.

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