La guerre en Ukraine a fait s'envoler le cours du tournesol. Le pays est le premier exportateur mondial de cet oléagineux et représente 50% du commerce mondial du produit. Face à cette situation, les industriels de l'agroalimentaire et des biocarburants n'hésitent pas à modifier leurs recettes et à se tourner vers d'autres huiles.
Résultat : tous les marchés des oléagineux font face à une hausse vertigineuse de leurs cours. A titre d'exemple, l'huile de soja a enregistré une hausse 16,5% depuis le début du mois d'avril sur le marché américain. Le colza dépasse les 1 000 euros la tonne, un record historique. « Sur nos marchés, toutes les huiles sont interchangeables ou presque. Il est donc normal d'observer une hausse généralisée des cours », observe Antoine de Gasquet, président de Baillon-Intercor, une société de courtage spécialisée dans les corps gras.
Pas de marge de manoeuvre
La décision de l'Indonésie de suspendre les exportations d'huile de palme à compter du 28 avril risque de compliquer encore la situation. Le pays génère 50% de l'offre d'huile de palme et représente un tiers de la production mondiale toutes huiles confondues. Il souhaite éviter que ses producteurs ne se tournent vers l'export, plus rémunérateur, aux dépens du marché local. En Europe, l'huile de palme est largement associée à la déforestation et a été progressivement éliminée des processus de cuisson. Le continent n'en importe que 7,5 millions de tonnes. « Cette décision impactera plus lourdement l'Inde et la Chine, qui sont de gros consommateurs d’oléine de palme concernée par le ban indonésien. Ces pays vont probablement se tourner vers l'huile de soja », anticipe Antoine de Gasquet.
En Europe, les espoirs se placent plutôt du côté de l'huile de colza et de l'augmentation locale des productions de tournesol. Les semis de cette culture devraient être en hausse de 15% sur la saison 2022. En France, le groupe Avril a notamment annoncé une hausse de ses capacités de 30%. Le soja, le colza, le tournesol vont être récoltés dans les prochains mois. « Si il n'y a pas d'accident climatique, cela devrait permettre de soulager un peu le marché », considère Antoine de Gasquet.
Problème : selon l'analyste, le marché ne dispose d'aucune marge de manoeuvre. « S'il devait y avoir une sécheresse comme l'an dernier au Canada, cela serait intenable. Il faut absolument une ou deux récoltes correctes pour rééquilibrer la situation », prévient-il. Les prochains mois seront donc capitaux pour le marché.



