Face à la sécheresse, les professionnels de la piscine en ordre de bataille

Batterie de chiffres à l’appui, les professionnels de la piscine tentent de convaincre de leurs efforts pour limiter l’impact environnemental du secteur. Une transition d'autant plus cruciale que la France est le premier marché européen de la piscine privée.

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Piscine dans une grande maison
Buller au bord de la piscine, un loisir aujourd'hui remis en cause par l'urgence climatique.

Face à la sécheresse, la filière piscine souhaite éviter le grand plongeon. L’interdiction de la vente des piscines hors-sol dans le département des Pyrénées-Orientales constitue un pallier supplémentaire dans les mesures prises localement face au stress hydrique, après les classiques interdictions de remplissage.«Le problème de l’eau n’est pas nouveau dans les Pyrénées-Orientales, il aurait fallu l’anticiper et en parler bien avant. D’autres acteurs locaux doivent aussi s’en préoccuper», martèle Laurent Montserrat, administrateur de la Fédération des professionnels de la piscine et du spa (FPP), lui-même installé dans le département.

Pas question, pour le secteur, de passer pour un bouc-émissaire.«Les piscines ne concernent que 0,15% des usages de l’eau sur le plan national. Nous continuons cependant à travailler pour avoir de bons équipements. Tous les secteurs doivent faire des efforts pour être plus vertueux, y compris le nôtre», appuie Stéphane Figueroa, le président de la FPP. D’après les représentants du secteur, la consommation en eau d’une piscine familiale moyenne de 4x8 mètres s’élève en moyenne à 15 mètres cubes par an, «soit plus de deux fois moins qu’une simple fuite de robinet, estimée à 35 mètres cubes».

Premiers signes de ralentissement

La France constitue le deuxième marché mondial de la piscine, derrière les Etats-Unis, et le premier marché européen, avec un parc de 3,4 millions de piscines privées installées. Les deux années de confinement ont précipité les envies de piscines des Français, avant une hausse tarifaire de 10% à 15% en 2022. «La hausse des matières premières a été intégrée par les entreprises. Les familles, elles, tiennent compte de ces prix pour choisir leur bassin et les options complémentaires pour le confort de baignade», se contente d’indiquer Gilles Mouchiroud, le vice-président de la FPP.

Le secteur a connu six années consécutives de progression, jusqu’aux records de 2020 (+32% de hausse de chiffre d’affaires sur le marché français) et de 2021 (+21,5%, à 4 milliards d’euros). Une hausse cohérente avec celle du nombre de piscines vendues, qui s'est établie à +22,5% entre 2020 et 2021. L’euphorie semble néanmoins terminée. En 2022, le nombre de piscines écoulées a reculé de 11,5% et le chiffre d'affaires du secteur de 8%. La vente d’équipements liés aux piscines n’échappe pas à la règle, avec seulement 5% de progression des ventes en 2022, contre 18% en 2020 et 22% en 2021. Au total, la filière compte 30 000 emplois directs à travers 3 640 entreprises, principalement dédiées à la vente.

Une nouvelle charte sectorielle

Le retour à la réalité s’accompagne donc d’enjeux liés à la préservation de l’environnement. Les piscinistes rappellent que la taille des bassins s’est réduite ces dernières années, les consommateurs privilégiant les piscines ludiques aux vastes espaces permettant de s’adonner à la natation. «On ne vend plus de plongeoirs», confirme la FPP.  Les bassins tendent vers des dimensions de 7x3 mètres, contre 8x4 mètres en moyenne en 2015 et 12x6 mètres dans les années 1980. Jusqu'en 2018, 56,2% des piscines acquises étaient construites dans des espaces inférieurs ou égaux à 1 200 mètres carrés, un chiffre passé depuis à 66%.

La Fédération de la piscine entend faire signer à ses adhérents une charte d’engagement, les incitant à préconiser aux clients des solutions éprouvées, comme l’installation de couvertures, d’abris ou de bâches permettant de réduire le phénomène d'évaporation de l’eau de 40% à 90%, la mise en place de systèmes de récupération d'eau de pluie et de trop-plein, ou la mise à disposition de solutions de stockage de l’eau durant les périodes d’intervention techniques. «En 25 ans, la consommation d’eau d’une piscine a été réduite de 45%», estime Stéphane Figueroa. Les professionnels recommandent également de ne pas abaisser le niveau d’eau durant la période hivernale, et d’espacer la fréquence de nettoyage des filtres (pour économiser 3,2 à 7,2 mètres cubes en moyenne).

Prochaine étape, l’entrée en vigueur prévue en 2024 d’une nouvelle norme européenne dédiée à l’environnement, avec un classement des équipements selon leurs performances énergétiques. En attendant, «l’été, on ne fait pas de grands "ploufs" pour limiter les pertes», recommande Joëlle Pulinx, la déléguée générale de la FPP. De quoi faire passer l'envie de se jeter à l’eau.

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