Face à la sécheresse, l'usine de Volvic à nouveau au cœur de la polémique

Les nouvelles mesures de restrictions prises par le préfet du Puy-de-Dôme dans le secteur de l’usine des eaux de Volvic attisent la colère des riverains, qui accusent le minéralier de « piller » la ressource. Qu’en est-il vraiment ?

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Grâce à son vaste projet de recyclage, Volvic ambitionne d'économiser jusqu'à 500 millions de litres d'eau d'ici à 2025.

La sécheresse s’installe dans le Puy-de-Dôme et la préfecture tire déjà le signal d’alarme. Au sein du département, 31 nouvelles communes sont désormais touchées par des restrictions d’usage de l’eau situées dans le périmètre de la source de Volvic. Même si l’usine d’embouteillage n’est pas concernée par ces mesures portant sur l’eau potable et non sur les eaux minérales, le groupe Danone, propriétaire de la célèbre source, « souhaite se montrer solidaire ». La direction s’est donc engagée à abaisser de 5 % ses prélèvements « pendant toute la durée de validité de l’arrêté préfectoral ». Elle pourrait même monter jusqu’à 10% en cas de sécheresse accrue.

Pas sûr que cela suffise à calmer la colère des usagers et des défenseurs de l’environnement qui tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs années déjà. « Les débits des résurgences sont passés de 120 l/s en janvier 2022 à 50 l/s en janvier 2023, un niveau jamais atteint à cette période de l'année. Ils étaient de 600 l/s en 1975 ! », alertent les associations Preva et Marsat Nature, qui pointent du doigt « une autre crise imminente : l’alimentation en eau potable pour les populations locales ».

Une forte réduction des prélèvements

Des arguments que la direction de l’usine bat en brèche. « Il faut savoir que 50% des réserves sont utilisés pour alimenter les bassins d’eau potable des 31 communes, 28% approvisionnent les cours d’eau et les ruisseaux et 22% seulement sont destinés à notre activité de minéralier. Autrement dit, nous sommes ceux qui sollicitent le moins la ressource ». Habilitée par l’Etat à prélever 2,51 milliards de litres par an, la marque Volvic souligne qu’elle n’aurait soustrait « que » 1,74 milliard de litres en 2022. « La difficulté aujourd’hui est de faire entendre tout ce qui est déjà mis en œuvre », poursuit la direction de l’usine qui a investi quelque 30 millions d'euros dans un projet de transformation de son usine pour économiser la ressource. L’an dernier, Danone a ainsi investi 15 millions d'euros dans une nouvelle ligne d’embouteillage « sans utilisation d’eau superflue », et une deuxième ligne démarrera le 22 mai. La direction évoque ainsi « une technologie innovante » qui va faire passer l’usine d’embouteillage de 10 à 6 lignes.

« Il n’y a plus d’étape de rinçage telle qu’on a pu la connaître sur d’anciennes installations », souligne le directeur Emmanuel Gerardin. « Toutes ces actions nous ont permis de réduire nos prélèvements de 390 millions de litres d’eau depuis 4 ans ». Volvic a fait ses comptes : « depuis 2017, nous avons prélevé 13% de volume en moins pour des ventes stables ». Parallèlement, le minéralier poursuit le déploiement de son projet de recyclage des eaux usées baptisé ReUse. « Nous avons testé pendant un an, à l’échelle pilote, un système de traitement et de recyclage des eaux usées. L’objectif de ReUse est de traiter et recycler des eaux usées pour en faire de l’eau de qualité potable pour nettoyer les équipements. L’étape pilote a permis en 2022 de prouver la faisabilité du projet qui est maintenant en phase d’industrialisation. On parle d’une économie potentielle de 500 millions de litres à l’horizon 2025 ! », ajoute-t-il. L’objectif est de doubler les économies d’eau réalisées d’ici deux ans.

Malgré tout, plusieurs associations dénoncent un « green washing très efficace » de Danone. « Alors que 350 camions remplis de bouteilles d’eau de Volvic sortent quotidiennement de l’usine, on commence à nous préparer à des restrictions d’eau potable au robinet cet été… C’est inadmissible ! Mais on sait bien qu’il y a derrière des intérêts supérieurs qui nous dépassent », dénonce Sylvie de Larouzière, porte-parole de l’association Preva, qui préconise de « diviser les prélèvements de l’usine par deux ou trois ». L’usine d’embouteillage de Volvic reste l’un des principaux employeurs du bassin avec 820 salariés. Elle a réalisé en 2021 un chiffre d’affaires de 456 M€.

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