Face à l'inquiétude de Greenpeace, EDF assure que les futurs EPR2 de Gravelines sont adaptés au réchauffement climatique

Dans un rapport publié le 3 octobre, l’organisation écologique Greenpeace estime que l'implantation par EDF de nouveaux réacteurs nucléaires à Gravelines (Nord) ne prend pas assez en compte les effets du dérèglement climatique. L'énergéticien explique à L'Usine Nouvelle les mesures d'adaptation prévues.

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AFP NE PAS REUTILISER centrale de Gravelines
La centrale de Gravelines est, selon Greenpeace, trop peu protégée face au réchauffement climatique.

Greenpeace s’invite dans le débat public sur la construction de deux nouveaux réacteurs nucléaires EPR2 sur le site de Gravelines (Nord). Commandé à la commission nationale du débat public par EDF et RTE, il a débuté le 17 septembre et doit se poursuivre jusqu’au 17 janvier. Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme de nouveau nucléaire qui prévoit la construction de trois paires d’EPR2 sur des sites nucléaires existants à Penly, (Seine-Maritime), Gravelines (Nord) et Bugey (Ain). La décision finale d’investissement est prévue en 2026 pour une première mise en service industrielle vers 2037.

Dans un rapport publié le 3 octobre, l’association écologiste Greenpeace dénonce l’installation de nouveaux réacteurs sur le site de Gravelines comme un «non-sens total au regard de l’aggravation du changement climatique». Le site choisi à proximité de la centrale actuelle est situé sous le niveau de la mer alors que la région est de plus en plus sujette aux inondations. Or le volet environnemental du débat public n’est programmé qu’en décembre, remarque Greenpeace.

Un design robuste jusqu'en 2100 selon EDF

Les mesures d’adaptation prévues par EDF présentées dans le dossier des maîtres d’ouvrages (DMO) publié à l’occasion du débat public n’ont rien de très rassurant. Les EPR sont conçus pour fonctionner 60 ans minimum et devront donc résister au changement climatique en 2100. EDF indique que l’horizon retenu pour le dimensionnement est 2070 soit la troisième visite décennale. L'énergéticien mise sur l’amélioration continue pour apporter les «optimisations nécessaires au fur et à mesure des réexamens périodiques». «Même si on anticipe des évolutions de 5 à 8°C supplémentaires (température d’air) à l'horizon 2100, nous continuerons d’être en permanence attentifs à ces évolutions et leurs impacts, notamment en nous appuyant sur notre service climatique», explique Séverin Buresi, directeur en charge de l'exploitation et de l'extension du programme EPR chez EDF à L'Usine Nouvelle.

Selon le DMO, les centrales sont bien conçues en intégrant «les scénarios de loin parmi les plus pénalisants du 5e rapport du GIEC». Depuis 2023, EDF intègre dans la conception générique du réacteur EPR2 les modèles physiques et scénarios socio-économiques du 6e rapport du GIEC ainsi que la définition de la Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC) ou  France +4 °C . «Dans le dossier des maitres d’ouvrage, on ne dit pas qu’on va faire des modifications en 2070, précise le responsable d'EDF. On dit que notre design est robuste jusqu’en 2100 avec de nombreuses marges.  Et que nous devons également rendre possibles de futures évolutions si la situation se dégradait par rapport aux scénarios les plus pessimistes actuels». Sachant qu’EDF explique que l’EPR2 est une version standardisée de l’EPR de Flamanville, mais que le basic design n'a été figé que mi-2024, pour entamer la phase de plan détaillé nécessaire à la construction.

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Severin Buresi rappelle aussi que «les effets du changement climatique, ce n’est pas uniquement le réchauffement climatique, c’est aussi la plus grande variabilité d’un certain nombre de paramètres dimensionnant, notamment de température de l’eau et de l’air sec». Si EDF refroidit certains des process de ses centrales nucléaires à l’eau, un certain nombre des installations à l’intérieur de la centrale sont refroidies aussi à l’air. Là «on prend des scénarios de température à 2100, pour dimensionner nos groupes froid ou encore pour nos systèmes de ventilation par exemple». 

Les EPR2 perchés à 11 mètres de haut pour rester au sec

Concernant la montée du niveau de la mer et du risque de submersion de la centrale pointé par Greenpeace, EDF se veut aussi rassurant. L’opérateur dit avoir pris en compte les scénarios du GIEC qui projettent des évolutions des températures de l’air. Elles peuvent se traduire par des évolutions de niveaux marins, variant de 50 cm à 2 mètres selon les scénarios. «En cumulant tous les scénarios du pire à marée haute, nous avons encore un mètre de marge autour des EPR2 de Gravelines. C’est comme ça que nous avons conçu la hauteur de la plateforme de Gravelines». EDF a ainsi calculé que la plateforme de Gravelines sur laquelle sera construite les EPR2 doit avoir une hauteur de 11 mètres au-dessus du niveau moyen. «Nous prenons plusieurs ceintures et plusieurs bretelles», résume Séverin Buresi remarquant par ailleurs que «si le niveau de la mer monte, il n’y aura pas de problématique de manque d’eau pour le refroidissement de nos centrales.»

Des explications et assurances théoriques qui ne vont pas suffire à Greenpeace, qui regrette qu’aucune analyse de risque, ni aucun calcul ne soient disponibles pour expliquer cette décision de hauteur de plateforme et la marge de 1 mètre annoncée. Lors des prochains débats publics, EDF devra surement s’en expliquer plus en détail.

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