Alors que le plan de financement exact des six futurs EPR2 français doit être indiqué d'ici à la fin de l’année par le gouvernement, EDF met la main à la poche. L’énergéticien français a déjà dépensé près de 2 milliards d’euros dans le projet et prévoit d'en allouer trois au total avant la fin de l'année 2024. «Ce sont des gros chiffres, c'est clair, mais rapporté aux un peu plus de 20 milliards qu'investit EDF chaque année […] cela reste des chiffres soutenables par le groupe, à condition que nous allions effectivement vers un engagement de programme [nucléaire]» a révélé Luc Rémont, PDG d’EDF lors d’une audition au Sénat mercredi 10 avril.
Les sommes engagées le seront à partir des fonds propres du groupe public. Ce dernier a pu compter sur une année 2023 favorable avec un bénéfice net de 10 milliards d'euros, grâce aux prix de l'électricité en hausse et au redressement de la production de ses centrales nucléaires. Cela n'empêche pas l'électricien de faire face à une dette colossale de 54,4 milliards d'euros à fin 2023 même si cette dernière est aussi en recul (64,5 milliards d'euros à fin 2022).
Un programme dont le coût est déjà annoncé en hausse
Prévus à l’horizon 2035, les EPR2 doivent intégrer les retours d’expérience des chantiers chaotiques des premiers réacteurs EPR. Au Royaume-Uni, celui de Hinkley Point C accuse un nouveau retard d’au moins deux années et un surcoût supplémentaire de 5,8 milliards d'euros au minimum. De l’autre côté de la Manche, le réacteur de Flamanville doit être mis en service dans les prochains mois après de multiples retards et surcoûts du projet. Son prix a été réévalué à 13,2 milliards d'euros selon les dernières indications en date fournies par EDF, fin 2022.
Selon Les Echos, la facture des six EPR2 serait évaluée à 67,4 milliards d'euros contre le chiffre officiel de 51,7 milliards d'euros communiqué en 2022. Les causes invoquées serait l’inflation et la hausse du prix des matériaux. Autre écueil, EDF n’a pas encore finalisé les plans de conception de l’EPR2. Attendus à l’automne 2023, ils sont espérés pour mi-2024. Selon Luc Rémont, ils sont toujours «en phase de définition et d'ingénierie lourde». Plus tôt dans l’année, Joël Barre, le délégué interministériel au nucléaire, avait déclaré aux Échos que «le «basic design» devait encore être finalisé pour passer au design détaillé du réacteur.
Les futurs réacteurs sont prévus sur trois sites existants : deux à Penly (Seine-Maritime), deux à Gravelines (Nord) et deux à Bugey (Ain). L’annonce officielle par l’Etat de leur plan de financement permettra à EDF de prendre sa décision finale d’investissement en 2025.



