Exclus de la bourse de Londres (LME), les métaux russes reviennent sur le devant de la scène

L’exclusion de l’aluminium, du cuivre et du nickel russes au sein du fameux London Metal Exchange (LME) agite la planète des métaux industriels. L’impact sur les prix reste modéré alors que le spectre d'une interdiction plus globale en Europe plane toujours. 

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Nickel nornickel russe
Les métaux russes produits après le 13 avril ne sont plus bienvenus au LME.

Semaine sous tension pour les acheteurs de métaux. Samedi 13 avril, au lendemain de l’annonce par les Etats-Unis et le Royaume-Uni de l’imposition de sanctions sur les importations d’aluminium, de cuivre et de nickel d’origine russe (dont les importations sont désormais interdites vers les Etats-Unis), la Bourse londonienne des métaux, ou London Metal Exchange (LME), a fait paraître une longue liste de règles pour s’y conformer. Son homologue américain, le Chicago Mercantile Exchange (CME) fait de même.

L’interdiction, annoncée plus de deux ans après l’invasion russe (après de longues hésitations), «cible les revenus que la Russie peut gagner afin de continuer sa guerre brutale contre l’Ukraine», selon les mots de la Secrétaire au Trésor américain Janet Yellen. De quoi nourrir les discussions dans le monde des métaux industriels, alors que Moscou produit autour de 5% de l’aluminium, 6% du nickel raffiné et 4% du cuivre dans le monde.

Impact sur les prix limité

L’impact sur les cours semble pour l’instant limité. Certes les prix des dérivés sur les métaux industriels échangés sur le LME – dont les cours servent de base à de nombreux contrats – ont grimpé dès le lundi 15 avril. Pour la première fois depuis février 2023, la tonne d’aluminium à trois mois dépasse les 2500 dollars, et il faut remonter à mi-2022 pour trouver des cours similaires pour le cuivre (autour de 9550 dollars). Mais le nickel, lui, est globalement resté stable un peu en dessous des 18 000 dollars la tonne, et les cours restent globalement bas en comparaison des dernières années.

Une partie de l’explication se trouve dans les règles établies par LME. L’institution n’accepte plus de métaux en provenance de Russie lorsqu’ils ont été produits après le 13 avril. Mais les importantes quantités de métaux russes déjà présents dans ses inventaires (plus de 90% de l’aluminium stocké par le LME est d’origine russe, une proportion qui passe à deux tiers pour le cuivre et un tiers pour le nickel) peuvent toujours être échangés. La vente de métaux stockés au LME après le 13 avril mais produits avant cette date reste elle aussi autorisée si elle concerne des acheteurs non britanniques ou américains…

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Plus important encore : la majorité des échanges de métaux ne passent pas par le LME ou d’autres grandes bourses de métaux similaires et ne sont donc pas concernés par ces règles. Et dans le monde, d’autres places boursières (comme le SHFE de Shanghaï) sont heureuses de servir d’alternative à la bourse londonienne.

Un premium renforcé pour les métaux non-russes ?

Résultat ? «Nous pensons qu’à plus long-terme, les conséquences sur les prix seront relativement modérées car les matériaux russes sont mis à l’écart depuis quelque temps (...). [Leur] re-routage est déjà bien établi, principalement vers l’Asie, avec des prix au rabais», écrit ainsi l’analyste Bernard Dahdah dans une note de Natixis datée du 15 avril. Les importations de métaux russes vers les Etats-Unis étaient déjà limitées, et pour des raisons de sécurité ou d’image, une partie des industriels européens se sont déjà détournés volontairement des produits des grands métallurgistes russes tels que Russal ou Nornickel.

Reste que les sanctions ne sont pas sans effet, surtout si elles poussent une partie du marché à se détourner des métaux russes par crainte de ne pas pouvoir les revendre sur le LME, dont les standards restent puissants. Au point qu'une différence de prix notable entre les métaux russes et les autres pourrait s'installer, explique une note de Morgan Stanley. Les annonces récentes risquent d'entraîner «un renforcement plus durable des primes physiques (payées au-dessus du prix du LME) en Union européenne et aux Etats-Unis, reflétant les plus grandes frictions commerciales et incitant les matériaux à aller vers ces régions. Cela pourrait aussi renforcer structurellement les primes pour le métal non russe», écrivent les analystes de la banque d'investissement américaine.

Une situation qui pénalise les utilisateurs de métaux en aval, mais peut bénéficier à la métallurgie primaire en Europe. D'ailleurs, la fédération des industriels de l’aluminium (European Aluminium) n’hésite pas à réclamer des sanctions sérieuses contre les importations russes vers le Vieux Continent. Une décision que l’Union européenne, qui a déjà banni les importations d’or et plus récemment de diamants produits en Russie, semble hésiter à prendre. Le Vieux Continent a diminué sa dépendance à Moscou, mais n’en est pas sorti. Ses industriels sourcent encore de l’ordre de 8% l’aluminium et un quart du nickel qu’ils utilisent depuis la Russie. «A l’avenir, ce qui pourrait vraiment avoir un impact sur le marché des métaux de base, et en particulier l’aluminium, serait une décision de bannissement de l’Union européenne sur les matériaux russes», note Bernard Dahdah de Natixis.

Un constat encore plus flagrant dans le cas du titane produit par le géant russe VSMPO-Avisma dont la filière aéronautique européenne refuse de se passer. Un sujet sur lequel ni Bruxelles, ni Washington, n’ont encore osé annoncer de sanctions.

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