Rien ne va plus pour le London metal exchange. La Bourse londonienne des métaux, où se fixent chaque jour les prix de référence de métaux non-ferreux comme le cuivre, le nickel et l’aluminium, est dans le viseur du fonds activiste américain Elliott. L’investisseur réclame 456 millions de dollars d’indemnité à l’institution, passée depuis dix ans dans le giron de la bourse de Hong Kong (Hong Kong Exchanges & Clearing). Une plainte a été déposée devant la justice britannique.
Chaos sur les cours du nickel
La cause ? Sa gestion du chaos sur le marché du nickel aux premiers jours de la guerre en Ukraine. Le groupe chinois Tsingshan, qui a pris des positions spéculatives énormes sur le marché, est alors contraint de déboucler en urgence ses positions, alimentant une hausse vertigineuse des prix. Le 8 mars, en quelques heures, le prix du nickel s’envole à près de 100 000 dollars la tonne. Pour contrôler la situation, le LME décide de suspendre les échanges et d’annuler toutes les transactions sur le nickel menées dans les heures précédant la fermeture du marché.
Résultat : près de 4 milliards de dollars de transactions ont été effacés. C’est ce qui explique la colère des investisseurs, qui jugent l’intervention du LME « illégale ». Car d’autres hedge funds se sont joints au coriace Paul Singer, le fondateur d’Elliott réputé pour son bras de fer avec l’Argentine au début des années 2000. La société de trading américaine Jane street conteste elle aussi en justice la décision de la Bourse londonienne, réputée pour son ring bordé de canapés rouges en cercle sur lesquels s’agitent ses traders. La Managed funds association, qui représente 150 hedge funds mondiaux, accuse de son côté le LME de « conflit d’intérêt ».
Depuis la crise du nickel, le LME voit son étoile pâlir. Sur le départ, son PDG Matthew Chamberlain a été contraint de rempiler pour restaurer la réputation de la Bourse. De nouvelles règles ont été édictées sur le marché pour améliorer la régulation et renforcer la transparence. Mais les traders n’ont pas beaucoup d’alternatives à court terme. En Chine, le Shanghai futures exchange (SHFE) reste peu accessible aux opérateurs étrangers. La défiance dans l'institution londonienne - qui n'en est pas à sa première remise en cause - pourrait accélérer la percée de places de cotation concurrentes. La Chine, qui est le premier consommateur mondial de matières premières, "aspire à jouer un rôle plus important dans la fixation des prix au niveau mondial», prévient Yves Jégourel, coauteur du CyclOpe.



