Chronique

Le London Metal Exchange s’imagine un futur sans le ring

La chronique de Myrtille Delamarche, rédactrice en chef en charge des matières premières, de l'économie circulaire et de la transition énergétique.

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Ring du LME London Metal Exchange
La fermeture définitive du ring pourrait être actée en avril.

C’est la fin d’une ère pour le London Metal Exchange (LME). La Bourse londonienne des métaux, où se fixent quotidiennement les cours des métaux non-ferreux - comme le cuivre, l’aluminium, le zinc ou l’étain -, s’interroge sur l’avenir de son ring. Sur ces canapés rouges disposés en cercle, s’assoient habituellement des traders qui usent d’un langage codé qui se parle avec les mains, pour passer leurs ordres d’achat ou de vente à la criée. Derrière eux, des "clerks" armés de plusieurs téléphones transmettent les ordres de leur trader. Au terme des cinq minutes que dure la session pour un métal, la dernière transaction fixe son prix de référence jusqu’au lendemain. Ou plutôt ses prix : comptant (cash) et sur les marchés à terme (à trois mois, etc).

Déjà, depuis le 20 mars 2020, le ring s’est tu. La distanciation physique, indispensable pour éviter la transmission du Covid-19, a obligé le LME à le fermer provisoirement, pour la seconde fois en 143 ans d’existence. La première fois, c’était sous les bombes allemandes, durant la Deuxième Guerre mondiale. Les négociations se font actuellement entièrement par voies électronique et téléphonique. 

C’est en avril que la dernière place de marché physique en Europe – ou plutôt son propriétaire, la Bourse de Hong Kong (Hong Kong Exchanges & Clearing, ou HKEX) – statuera sur la fermeture définitive du ring. Malgré l’optimisme affiché par le PDG du LME Matthew Chamberlain, qui se dit "très heureux d’envisager une réouverture dès que cette situation pandémique sera derrière nous", on sait que le HKEX travaille à moderniser le LME, et à rehausser sa rentabilité, depuis son arrivée en 2012. Clairement, Matthew Chamberlain serait ravi de voir la fermeture du ring incomber plutôt à l’un de ses successeurs. La mention "a fermé le ring du LME" sur son CV n'est pas la plus enviable au Royaume-Uni. Mais il reconnaît que ces dix mois de transactions électroniques (sur la plate-forme LMESelect) ont bien fonctionné et que l’avenir est au trading électronique.

Ce qui n’est pas du goût de Nigel Farage. Le champion populiste du Brexit, qui a fréquenté le ring dans les années 1980-90, argue que cette expérience sur une place de marché globalisée est l’un des piliers de son euroscepticisme. Pas sûr que l’argument porte, parmi les traders de la City.

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