Le London Metal Exchange espérait une reprise sereine des échanges, à la réouverture de la cotation du nickel mercredi 16 mars. C'est raté. Après quelques minutes de fonctionnement, la bourse londonienne des métaux a dû à nouveau suspendre les transactions électroniques, suite à un "incident informatique". Le prix du nickel a dévissé de 5%, la limite de variation maximale journalière instaurée par le LME pour éviter un nouveau mouvement de panique La cotation sur le ring par les courtiers à la criée devrait toutefois être maintenue dans la journée.
Le nouvel incident n’arrange pas les affaires du LME, déjà sous le feu des critiques des courtiers depuis la suspension en catastrophe du marché du nickel une semaine plus tôt, le 8 mars, une première depuis la crise de l’étain en 1985. Le « métal du diable » est réputé pour son marché hautement spéculatif, capable d’enregistrer régulièrement de violentes corrections de prix. Mais rarement de cette ampleur. De 25 000 dollars la tonne le 24 février, jour du déclenchement de la guerre en Ukraine, le prix du nickel est passé à 30 000 dollars le 7 mars au matin, avant de grimper à 48 000 dollars le soir puis de friser les 100 000 dollars le lendemain, avant que le LME n’annule les opérations passées ce jour-là et ne ferme le rideau, effaçant au passage près de 3,5 milliards de dollars de transactions.
Des pertes évaluées à 8 milliards de dollars
Le crash du marché du nickel a été précipité par la holding du groupe chinois Tsingshan. Le premier producteur mondial d’acier inoxydable et de nickel a accumulé des positions massives sur 150 000 tonnes de nickel, en pariant - comme il le fait régulièrement avant d'augmenter sa production - sur la baisse du prix du métal. Comme le rappelle Bloomberg, le conglomérat, qui a produit 500 000 tonnes de nickel en 2020, a prévu d’accélérer sa production de nickel de qualité batterie à partir de minerai à basse teneur, démarrée fin 2021 dans ses usines indonésiennes. De quoi peser sur les prix et donc inciter Tsingshan à se couvrir tant que les cours sont hauts. Même si la majeure partie du nickel sert à produire de l’acier inoxydable, les prix sont tirés par le besoin croissant de métal pour les batteries des véhicules électriques.

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Mais son fondateur Xiang Guangda n’a pas prévu la guerre en Ukraine. Les craintes de tensions d’approvisionnement en nickel - dont la Russie est le troisième producteur mondial - font alors bondir les prix. La Russie est surtout le premier fournisseur de nickel de classe 1, adapté à la fabrication des batteries, avec près de 17 % de la production mondiale. A mesure que les prix montent, le groupe chinois est contraint de couvrir ses pertes potentielles et de payer des appels de marges astronomiques. Pour y faire face, il est contraint de déboucler une partie de ses positions et d’acheter du nickel à prix fort. Ce « short squeeze » propulse encore plus haut les prix, tout en renchérissant les pertes accumulées par Tsingshan, mais aussi par des courtiers qui l'ont suivi à la baisse.
Un accord avec les banques pour résorber ses positions
Les pertes potentielles du groupe chinois, qui réalise près de 45 milliards d’euros de chiffre d’affaires, culmineraient à près de 8 milliards de dollars, selon plusieurs estimations. Le groupe a finalement trouvé un accord temporaire avec ses banques, dont JP Morgan et BNP Paribas, pour ne pas faire de nouveaux appels de marge et ne pas déboucler ses positions dans des conditions qui lui sont trop défavorables. Tsingshan devrait par ailleurs obtenir un prêt pour réduire ses positions « d'une manière équitable et ordonnée lorsque les conditions anormales du marché se résorbent ».
Ce pari raté pourrait couper les ailes de Tsingshan. Le groupe privé fondé en 1988 a secoué à plusieurs reprises le marché du nickel. Il a été précurseur pour utiliser le NPI (nickel pig iron, ou fonte brute de nickel), moins coûteux que le nickel raffiné, pour fabriquer de l’inox, puis du nickel pour batteries. Il a aussi été le premier à investir en Indonésie en 2009, avant que le pays ne s’impose comme le premier producteur mondial de nickel.
L’affaire n’est pas non plus une bonne nouvelle pour Eramet, associé à Tsingshan sur son gisement indonésien de Weda Bay. Le groupe minier français doit s’appuyer sur son partenaire chinois pour relancer le projet d’extraction du lithium dans le nord de l’Argentine, placé sous cocon début 2020. Tsingshan doit apporter 375 millions sur les 400 millions de dollars d’investissement nécessaire pour la construction l’usine de lithium, dont les opérations doivent démarrer en 2024, en échange de 49,9 % du projet.



