La Fondation Jean Jaurès a repris une étude réalisée par Siacci Saint-Honté (1) et l'Ifop sur la perception qu'ont les Français de l'avenir de leur profession. Première bonne nouvelle qu'on finirait par oublier : 78 % des Français sont satisfaits de leur travail (20 % se disent très satisfaits et 58 % le sont plutôt). Toutefois, tous les travailleurs ne sont pas égaux devant le travail. Les plus satisfaits sont les travailleurs indépendants (35 % se disent très satisfaits) devant les cadres (24%), les ouvriers et les employés (18%) et les managers (16%). Le score très faible obtenu pour ces derniers rappelle leur situation ambigüe, entre le marteau et l'enclume.
Les managers "je suis le mal aimé"
Les réponses à une autre question de l'enquête confirment la situation difficile des professions intermédiaires. 90 % des travailleurs indépendants et 66 % des cadres et seulement 50 % des professions intermédiaires estiment que leur travail est reconnu à leur juste valeur. Mais amis DRH, il y a urgence à agir... Car là encore, c'est le plus mauvais score : les ouvriers et les employés sont 55 % dans cette situation.
Les auteurs de l'étude ont ensuite demandé aux Français s'ils étaient satisfaits sur un certain nombre de données définissant le travail. Où il se confirme que les Français aiment leur travail. 88 % sont satisfaits du niveau d'autonomie dans leur travail, 82 % du contenu de leur travail, 81 % de l'intérêt de leur travail.
Là où le bât blesse : "money money money"
Cette impression est confirmée par le fait que 87 % des personnes interrogées se disent bien intégrées dans leur entreprise, 86% trouvent que leur travail est utile et 80 % déclarent que les objectifs de travail qui leur sont assignés sont réalistes.
Si l'on regarde maintenant les items les moins bien notés : deux problèmes majeurs apparaissent, le salaire et les formations. Ainsi, le salaire obtient la plus mauvaise note de satisfaction (seulement 10 % se disent très satisfaits et 43 % plutôt satisfaits). 54 % se disent satisfaits des possibilités d'évolution et 62 % par les possibilités de formation qui leur sont proposées ou par les formations disponibles. Autrement dit, la crise a comme figé les positions dans les entreprises, ce qui est une grande source d'insatisfaction tant en termes monétaires qu'en potentialité de progression hiérarchique.
Est-ce pour ces raisons que, lorsqu'on leur demande ce qu'ils aimeraient obtenir dans les années à venir, les travailleurs (salariés et indépendants) veulent d'abord un meilleur équilibre vie professionnelle et vie privée (23%)? Puisqu'on ne peut pas avoir plus - même en travaillant plus ? - les Français actifs rêvent de passer moins de temps sur leur lieu de travail. Juste derrière, on trouve l'acquisition de nouvelles compétences dans leur métier actuel (20%), puis trouver un emploi en accord avec les valeurs personnelles (14%)
L'avenir ? "et c'est le temps qui court"
La forte demande de formation qui apparaît dans cette étude d'opinion s'explique. Les Français sont nombreux à penser que leur travail qu'ils aiment pourtant tant est appelé à disparaître et ce relativement rapidement. Ils sont 29 % à estimer que leur métier va beaucoup se transformer et 7 % qu'il changera complètement. 35 % anticipent même qu'il pourrait disparaître (à titre de comparaison, 56 % pensent qu'il ne disparaîtra jamais).
Parmi ceux qui jugent que leur métier va disparaître, l'horloge tourne vite pour 13 % d'entre-eux, selon lesquels dans un quinquennat leur job n'existera plus et 36 % dans les 10 prochaines années. Autrement dit, un tiers des actifs français sont véritablement très angoissés quant à leur avenir, même si globalement les Français apparaissent plutôt heureux au travail.
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(1) Enquête menée auprès d’un échantillon de 3 009 personnes, représentatif de la population active française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée et secteur d’activité) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Enquête par questionnaire auto-administré en ligne du 2 au 10 septembre 2019.



