Eramet redémarre son projet d’extraction de lithium en Argentine

Le groupe minier Eramet va lancer début 2022 la construction de l’usine d’extraction de lithium sur son gisement argentin. Il s’associe au groupe chinois Tsingshan, qui détiendra 49,9% du projet.

Réservé aux abonnés
Lithium argentine Eramet
Eramet doit lancer début 2022 la construction de son usine d'extraction de lithium dans le nord de l'Argentine.

Eramet reprend son projet d’exploitation du lithium en Argentine. Le groupe minier a prévu de démarrer au cours du premier trimestre 2022, la construction d’une usine de lithium sur son gisement de Centenario-Ratones dans la province de Salta, au nord du pays. Le projet n’est pas nouveau pour Eramet. Le groupe avait été forcé de le mettre sous cocon au printemps 2020, à cause de la pandémie et de la situation économique chaotique en Argentine.

Pour le redémarrer, Eramet va partager les risques financiers et techniques avec le groupe chinois Tsingshan, qui va apporter 375 millions (324 millions d'euros) sur les 400 millions de dollars (345 millions d'euros) d’investissements totaux restants. En contrepartie, Tsingshan détiendra 49,9% du projet. Les deux groupes se connaissent bien, puisqu’ils sont déjà en partenariat à Weda Bay, le grand gisement de nickel indonésien, dont Eramet lui avait cédé la majorité (57%). En Argentine, Eramet - qui a déjà investi 185 millions de dollars dans la construction du site pilote et possède les droits miniers sur le gisement - restera cette fois majoritaire, avec une part de 50,1%. 

Besoins en lithium multipliés par six d'ici à 2030

L’usine devrait commencer à produire du lithium à partir de début 2024, pour atteindre un volume de 24 000 tonnes par an à pleine capacité. En s’associant avec son partenaire chinois, Eramet veut aller vite pour faire son entrée sur le marché du lithium.  Les constructeurs automobiles, comme Tesla et Renault, multiplient les contrats pour sécuriser leurs approvisionnements en lithium à long terme. « Eramet va devenir la première entreprise européenne à opérer un site d’extraction de lithium à grande échelle. C’est une opportunité pour l’Europe de sécuriser son accès aux métaux critiques de demain », se félicite sa dirigeante Christel Bories.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Avec l'essor programmé du véhicule électrique, les besoins en lithium sont en forte croissance. Une batterie électrique nécessite 45 kilos de lithium, 7 kilos de cobalt et 50 kilos de nickel. La demande mondiale de lithium devrait être multipliée par six d’ici à 2030. « Le déficit sur le marché ne devrait pas se résorber avant 2030 », estime Thomas Devedjian, le directeur financier d’Eramet, tandis que les prix sur le marché spot dépassent les 24 000 dollars la tonne (plus de 20 000 euros).

Des extensions déjà en projet

Dans ce contexte, Eramet nourrit d’importantes ambitions pour son gisement argentin.  « Si cela se passe bien, l’idée est de construire rapidement une phase deux de l’usine, puis une phase trois », avance déjà Christel Bories, alors que les réserves du gisement argentin sont estimées à 10 millions de tonnes de carbonates de lithium, soit 40 années d’exploitation. D’autant que le procédé de production innovant développé par Eramet et l’IFP Energies Nouvelles pour extraire le lithium, garantit au projet des coûts de production parmi les plus compétitifs du secteur, de l’ordre de 3 500 dollars (3 000 euros) par tonne de lithium extraite.

La future usine permettrait de réduire à une semaine le temps d’extraction du lithium des saumures du salar, contre dix-huit mois pour les procédés recourant à l’évaporation classique des saumures. Avec à la clé également, un bilan environnemental amélioré, notamment en matière de consommation d’eau. Le projet devrait donc être très rentable pour les deux partenaires. Eramet estime qu’il devrait dégager 165 millions de dollars (142 millions d'euros) d’Ebitda, pour un prix du lithium moyen de 11 500 dollars (9 900 euros).

L’exploitation du gisement andin n’est pas le seul projet d’Eramet pour se repositionner sur les métaux de la transition énergétique. C’est ce qui explique aussi le partenariat avec Tsingshan, qui permet au groupe de conserver des ressources financières. Après avoir lancé le gisement de nickel de Weda Bay, Eramet étudie un projet de construction d'une usine HPAL pour produire du nickel de qualité batterie avec BASF. Le groupe travaille aussi sur un projet de recyclage des batteries, en partenariat avec Suez.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.