Et si le lithium des batteries électriques produites en Europe était à l’avenir « made in France » ? Le groupe minier Eramet a franchi une étape dans son projet d’exploiter le métal présent dans les saumures géothermales du sous-sol alsacien. Début 2021, le groupe a réussi à extraire du carbonate de lithium dans son unité pilote implantée sur la centrale géothermique d’Electricité de Strasbourg à Rittershoffen (Bas-Rhin). En fonctionnement depuis cinq ans, la centrale n’était pas concernée par l’arrêt des opérations de géothermie profonde décidée en décembre par la préfecture du Bas-Rhin.
Développé dans le cadre du projet européen EuGeLi, qui réunit autour du groupe minier BASF, le BRGM, l’IFPEN et Stellantis, le projet utilise un procédé innovant développé par Eramet pour son projet d'usine de production de lithium en Argentine, placé sous cocon début 2020 par le groupe à cause de la crise. Mais le faire fonctionner dans les conditions spécifiques des saumures du bassin rhénan, éloignées de celles des déserts de sel sud-américains, constituait un défi technique. « La saumure est à haute température et sous pression. Il fallait adapter les équipements et les conditions opératoires pour vérifier que nous pouvons atteindre des rendements acceptables », souligne Nicolas Verdier, le responsable des partenariats et de la stratégie d’Eramet.
Faisabilité économique à vérifier
Un deuxième projet pilote doit être opéré au second semestre pour valider la faisabilité technique de l’exploitation du gisement. Le procédé d’extraction implique l'utilisation d'un solide actif, breveté par Eramet et l’IFPEN pour capter le lithium, qui peut perdre sa performance en cours du temps. « Il va falloir continuer les tests pour passer à une échelle plus grande et vérifier que la performance se confirme », explique Nicolas Verdier. La teneur en lithium est par ailleurs deux à trois fois inférieure à celle des salars d’Amérique latine.
Le processus est encore long avant de passer à l'échelle industrielle. Une fois validée la faisabilité technique, Eramet prévoit d'évaluer d’ici à fin 2021 la rentabilité économique de l’extraction du lithium alsacien. « Plusieurs étapes restent à réaliser dans les années à venir avant de prendre une décision d’investissement», reconnaît Eramet. Alors que les besoins mondiaux en lithium devraient être multipliés par plus de 40 d'ici à 2040 pour suivre la transition énergétique, selon l'AIE, l'exploitation du lithium dans le sous-sol européen permettrait de sécuriser les approvisionnements de l'Union européenne. De l'autre côté du Rhin, l'australien Vulcan energy ressources, associé à DuPont, travaille sur un démonstrateur similaire en Allemagne. Mais il faudra de toute façon être patient. Si tout va bien, l’exploitation du lithium alsacien pourrait commencer en 2027 au mieux.



