La vente de petites lignes aux régions écorne à peine le monopole de SNCF Réseau

Dans la chronique Mobil'Idées, nous passons en revue ce qui fait bouger les transports. Cette semaine, nous nous intéressons à la reprise de 15 lignes ferroviaires par la région Grand Est à la SNCF. Une décision qui n'est pas la première du genre en France. 

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SNCF TER diesel
Les régions ne se précipitent pas pour exploiter les petites lignes ferroviaires.

Priorité aux transports du quotidien et à la décarbonation du secteur. Un plan de 100 milliards est d’ailleurs prévu par le gouvernement pour relancer le ferroviaire avec des RER métropolitains, mais aussi renforcer et moderniser le réseau secondaire. Mais qu'en est-il des petites lignes peu fréquentées auxquelles les régions tiennent particulièrement ?

Chères à entretenir et peu rentables pour la SNCF, certaines sont en train de tout simplement changer de propriétaire. Le 16 février dernier, France Bleu Alsace, a révélé que la région Grand Est allait reprendre à SNCF Réseau la propriété de 15 lignes en Alsace et dans les Vosges. Majoritairement dédiées à la desserte fine du territoire, ces dernières doivent être remises en état comme la collectivité locale s’y est engagée. L'opération est estimée à 1 milliard d’euros sur le long terme dont 300 millions d’euros injectés dans un premier temps pour leur maintenance. A partir de 2027, elles seront exploitées par des opérateurs privés, autrement dit ce ne sera plus l'affaire de la SNCF.

L'Occitanie l'a fait pour sauver deux lignes

Il ne s’agit pas de la première fois qu'une région entreprend la reprise de la propriété d'une ligne à l'entreprise publique. L’Occitanie en a ainsi acquis deux récemment. Contrairement au Grand Est, l'idée n'est pas de les ouvrir à la concurrence... Mais de les rouvrir tout simplement. «Nous avons renouvelé une convention avec la SNCF pour 2023-2032, rappelle à L'Usine Nouvelle Jean-Luc Gibelin, vice-président (PCF) de la région en charge des mobilités et des infrastructures de transport. Donc, nous ne sommes pas du tout dans l’accompagnement de la concurrence.»

La première ligne était fermée depuis 2012 entre Alès et Bessèges (Gard) et la seconde depuis 2014 entre Montréjeau et Luchon (Haute-Garonne). En fait, la SNCF et la région ne se sont pas entendues sur la réouverture de ces petites lignes et cette dernière en a repris la propriété pour obtenir gain de cause. Le transfert a été effectué en 2022 pour la ligne pyrénéenne et en 2023 pour la maîtrise d’œuvre des travaux de la ligne gardoise. La remise en service de cette dernière est prévue pour 2027. Pour Montréjeau-Luchon, ce sera dans un futur proche, fin 2024. «Nous allons y expérimenter le train à hydrogène en 2025 », prévoit le conseiller régional.

La ligne de fret Auch-Agen en attente

Ces deux opérations ne seront pas le début d’un mouvement de plus grande ampleur. «Nous n’avons pas vocation à gérer les lignes. Ces deux transferts étaient la conséquence d’un désaccord avec SNCF Réseau, regrette Jean-Luc Gibelin. Nous continuons à penser que c’est l’Etat qui doit rester propriétaire du réseau.» La région étudie en parallèle la reprise d’une ligne de fret entre Auch (Gers) et Agen (Lot-et-Garonne), après le refus de la SNCF de la rouvrir. Mais ce transfert ne sera effectif que lorsque les partenaires privés s’engageront à y faire circuler des marchandises, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle.

Lourd financièrement le rachat de petites lignes à la SNCF reste donc marginal. La preuve, si plusieurs régions ouvrent la gestion de leur lignes TER à la concurrence, aucune autre ne s’est manifestée pour écorner le monopole de la SNCF sur la propriété de son réseau.

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