Entretien

«Enchaîner des procédés hydrométallurgiques et chimiques permet de produire en France du lithium pour batteries bas carbone», affirme Rémy Welschinger, PDG de Viridian Lithium

L’entreprise strasbourgeoise Viridian Lithium a annoncé le 7 juin la construction prochaine de la première raffinerie française de lithium de qualité batteries à Lauterbourg, dans le Bas-Rhin. Mix énergétique décarboné, approvisionnement en saumure et procédés hydrométallurgique et chimiques de conversion sont ses principaux atouts bas-carbone, explique à L'Usine Nouvelle Rémy Welschinger, président de Viridian Lithium.

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Rémy Welschinger, PDG de Viridian
"Le fait de baser notre activité en France nous permet de profiter d’un mix énergétique faiblement carboné" explique Rémy Welschinger, PDG de Viridian Lithium.

L'Usine Nouvelle - Dans votre projet, vous mettez en avant une production bas carbone de lithium de qualité batterie, comment allez-vous vous y prendre ?

Rémy Welschinger - L’hydroxyde de lithium nécessaire aux batteries de véhicules électriques provient essentiellement de minerais. Les procédés pour en extraire le lithium et le raffiner sont très énergivores et l’énergie utilisée pour ces procédés pyrométallurgiques, qui consistent à chauffer le minerai à très haute température, n’est pas bas carbone puisqu’il s’agit essentiellement de diesel, de gaz naturel et de charbon. Pour notre usine, nous n’utiliserons pas de minerai brut, mais des sels de lithium extraits de saumures provenant du Chili et d’Argentine, dont la conversion et le raffinage nécessitent une consommation d’énergie beaucoup plus faible. Le fait de baser notre activité en France nous permet également de profiter d’un mix énergétique faiblement carboné. Nous travaillons aussi sur le recyclage du calcaire et du CO2 gazeux pour la future usine. Mais les principales économies d’énergie seront la source du lithium, la saumure, et sa conversion.

Quels procédés allez-vous utiliser ?

Nous allons mettre en place un enchaînement de procédés principalement hydrométallurgiques et chimiques pour purifier un carbonate de lithium de mauvaise qualité et le débarrasser de ses impuretés. Individuellement, chaque procédé chimique existe, mais c’est leur enchaînement qui permettra d’atteindre le niveau de pureté attendu sur le produit. Avec le CEA Liten, qui a une expertise reconnue dans le domaine, nous menons des tests de performance de notre produit - l’hydroxyde de lithium - sur les cathodes et les cellules de batteries lithium-ion.

Vous êtes aussi associés à Technip Energies pour l’étude de faisabilité ?

C’est une étude qui devrait prendre entre douze et dix-huit mois et qui est accompagnée d’une offre EPC (ingénierie, fourniture des équipements et construction), ce qui offre une garantie complémentaire au projet. Un autre partenaire de poids pour la crédibilité du projet est Veolia Water Technologies, leader mondial des équipements de purification des sels de lithium. Nous allons commencer des tests dans leur usine pilote aux Etats-Unis, près de Chicago.

Vous souhaitez aussi vous approvisionner en matière première décarbonée ?

A moyen terme, nous voulons répondre le plus rapidement possible aux besoins européens, donc l’approvisionnement se fera en Amérique latine. Mais nous nous intéressons aux deux sources de lithium décarbonées: la géothermie, dans le sol alsacien et allemand, et le recyclage des batteries usées. La géothermie peut déjà dans un premier temps être une source de chaleur décarbonée pour le site de production. Et nous serons très intéressés pour l’approvisionnement si cela peut se faire. Quant au recyclage des batteries, nous voulons travailler sur le sujet, mais il n’y aura pas d’impact avant une bonne dizaine d’années.

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