La région Hauts-de-France étoffe son écosystème de la voiture électrique : après les gigafactories crées dans le Nord (ACC à Billy-Berclau et bientôt Verkor à Bourbourg), un nouveau venu vient compléter ce qu’on nomme désormais la Vallée de la batterie. Fondée en 2022 par Maxime Trèves, Patrick Archier, Andrew Moeller et Sébastien Romet, la start-up Battri opère en aval de la chaîne et est spécialisée dans le prétraitement des recyclages des batteries et des rebuts de de production des gigafactories. Elle a officiellement ouvert, le vendredi 20 juin 2025, une usine de recyclage de batteries lithium-ion, à Saint-Laurent-Blangy, près d’Arras (Pas-de-Calais). Un site de 15000m² inauguré en présence de la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher et du président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand.
Être au plus près de la filière
«L’emplacement est évidemment stratégique et, ce, pour plusieurs raisons. Le territoire a une forte culture industrielle et est situé à proximité des ports européens», introduit Maxime Treves, l’un des quatre fondateurs de Battri. L’usine, composée actuellement d’une seule ligne de production, affiche une capacité de traitement de 15000 tonnes par an. «Nous prévoyons l’ouverture d’une deuxième ligne d’ici à fin 2026 et pourrons ainsi monter jusqu’à 35000 tonnes par an, soit l’équivalent de plus de 80000 batteries de véhicules électriques. Nous allons également traiter des déchets de production issus des gigafactories, des batteries de téléphone portable et autres appareils portatifs, des batteries de mobilité légère comme les vélos, trottinettes et les autres véhicules légers, ou des batteries de stockage d'énergie», annonce Maxime Treves.
Une centaine de salariés à terme
Se voulant numéro 1 français des recycleurs de batteries lithium-ion en termes de capacités, Battri emploie à l'ouverture une vingtaine de salariés et projette d’en recruter une cinquantaine de plus fin 2025, pour arriver à une centaine en pleine production. 20 millions d’euros ont été investis pour le projet via deux levées de fond auxquelles ses actionnaires Bpifrance et le groupe minier marocain Managem ont contribué.
Un enjeu de souveraineté
Grâce à un procédé mécanique, battri sépare les métaux non ferreux contenus dans les batteries et la black mass (concentré de métaux stratégiques tels que le nickel, le cobalt, le graphite et le lithium). «Nous nous occupons de la première étape de traitement des batteries, qui consiste à collecter les batteries, les démonter, les décharger, les broyer et séparer les métaux. On récupère également polymères et solvants que nous valorisons», explique le cofondateur. Il estime à 95% la proportion de matériaux contenus dans une batterie que son usine est capable de valoriser.
Ensuite, les métaux valorisés doivent être réhydratés pour retrouver leurs caractéristiques. Et c’est là que le bât blesse. «L’étape suivante est celle dite de l’intégration et est réalisée par les raffineurs. Or, on en manque cruellement», se désole-t-il. Des projets avaient été lancés, mais ont été suspendus ou abandonnés, faute de progression jugée suffisante du marché du véhicule électrique en Europe. À l’instar de la coentreprise Eramet-Suez qui a renoncé à son projet d’usine de recyclage à Dunkerque (Nord). Même trajectoire pour la coentreprise Orano-Stellantis qui jeté l’éponge en septembre 2024. Courant février 2025, c’est au tour du canadien Li-Cycle de suspendre son projet d’usine de recyclage à Harnes (Pas-de-Calais).
«Dans dix ans, les volumes à recycler vont être considérables, de l’ordre de 1,5 million de tonnes», estime Maxime Treves. «Nous savons tous que le marché va se développer et même exploser. Mais nous ignorons à quelle vitesse cela va se produire. L’enjeu est double : réduire l’empreinte carbone et éviter la fuite des métaux», rappelle-t-il.



