Chronique

La vague des usines de recyclage des batteries lithium-ion déferle sur l’Europe

Glencore prévoit de construire un giga centre de recyclage des batteries au lithium en Italie en 2027. Un signe de plus des attraits du Vieux continent pour ceux qui veulent valoriser les métaux critiques des véhicules électriques.

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Usine Fortum
En avance, la société Fortum a inauguré son usine de recyclage de batteries par hydrométallurgie à Harjavalta, en Finlande, en avril dernier. Elle affirme pouvoir récupérer 95% des métaux présents dans les batteries usagées.

Ce serait la plus grande usine de recyclage de batteries d’Europe. Mardi 9 mai, le géant suisse des mines et du commerce des matières premières Glencore a frappé un grand coup en présentant un projet doublement ambitieux, par sa taille et ses échéances rapides. Allié à l’entreprise canadienne Li-Cycle, il a lancé une étude de faisabilité pour transformer sa vieille fonderie de zinc et de plomb, qui opère à Portovesme en Sardaigne depuis 1925, et la réaffecter au recyclage des batteries lithium-ion.

Ces composants stratégiques des véhicules électriques comportent tout un tas de métaux critiques, dont du lithium, du nickel et du cobalt. Si le projet, dont la décision finale d’investissement est prévue autour de la fin 2026, est mené à son terme, il pourrait recycler 50 000 à 70 000 tonnes de black mass (la poudre noire obtenue une fois les vieilles batteries broyées) par an. De quoi traiter 36 gigawattheures (Gwh) de batteries – l’équivalent de 600 000 Renault Megane E-Tech – et devenir «la plus grande source de lithium recyclé de qualité batterie, ainsi que de nickel et de cobalt recyclé d’Europe», vante Glencore dans son communiqué de presse.

Dans la roue des gigafactories

Loin d'être anecdotique, l'opération témoigne d'une nouvelle obsession des industriels des métaux et du recyclage, qui cherchent à se positionner dans la roue des gigafactories. Rien que les deux derniers mois, plusieurs annonces ont fait l'actualité du secteur. Au Nord de l'Europe, deux usines ont vu le jour. Celle de Fortum, à Harjavalta en Finlande, qui a débuté sa production commerciale et affiche l’objectif  de traiter 30 000 tonnes de batteries dès 2027. Et celle de Stena Recycling, à Halmstad en Suède, dont la capacité initiale est de 10 000 tonnes. En France, le canadien Li-Cycle, toujours, a annoncé son ambition d'ouvrir un site à Harnes (Pas-de-Calais), pour valoriser 10 000 tonnes de batteries dès 2024. L'entreprise construit déjà des sites en Allemagne et en Norvège et prévoit notamment de recycler les batteries des produits du groupe allemand chariots élévateurs Kion. 

Ces projets, qui s'ajoutent à ceux déjà avancés des constructeurs automobiles allemands, ou de la gigafactory suédoise Northvolt et du producteur d'aluminium Hydro (Hydrovolt), sont en compétition. Ils savent que de nombreuses usines de batteries au lithium doivent ouvrir leurs portes dans les années à venir, et que leurs rebuts de production, qui peuvent atteindre 10 à 30%, suffiront pour donner du souffle au recyclage. Ou en tout cas aux premiers acteurs présents sur le marché. En prenant en compte ce flux, le cabinet Arthur D Little estime que le marché européen du recyclage des batteries pourrait représenter 700 000 tonnes dès 2030, et tripler en 2040. 

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L'hydrométallurgie a la cote 

Une cible d’autant plus attrayante que dans le cadre du règlement batteries, l’Europe va imposer des seuils de métaux recyclés dans les batteries dès 2030. Ces derniers devraient atteindre 12% pour le lithium, 15% pour le nickel et 26% pour le cobalt en 2036. Le lithium recyclé devrait ainsi représenter 10% des besoins européens dès 2030 et monter à 20% cinq ans après chiffre le cabinet Benchmark Mineral Intelligence, qui juge qu’à la fin de la décennie, seul le nickel sera recyclé dans des quantités suffisantes pour permettre à l’Europe de répondre à ses propres besoins.

L’objectif est donc de monter des structures de récupération des batteries usagées et des rebuts de production, mais aussi de développer des procédés technologiques fiables, notamment via l’hydrométallurgie. Le procédé à base d’acides solubilisant les différents métaux d’intérêt pour les prélever un à un, est celui sur lequel misent la plupart des nouveaux projets dans le monde et... tous les consortiums français. Pour s'exercer, Veolia et Solvay prévoient un pilote à Metz, Eramet travaille avec Suez sur un projet d’usine à Dunkerque et doit ouvrir une usine pilote sur son site de R&D de Trappes (Yvelines) à l’été 2023. Orano, qui avait formé une alliance avec les recycleurs Paprec et MTB Manufacturing en 2021, pourrait lui aussi s’installer à Dunkerque aux côtés du chinois XTC, avec lequel il est en négociation, selon le journal Les Echos. Contacté, Orano ne confirme pas.

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