C’est un pan de l’histoire minière qui s’achève. Le 31 mai dernier, la vénérable entreprise minière Anglo American, qui exploite du platine en Afrique du Sud depuis un siècle, s’est séparée de cette activité historique. Le groupe minier a vendu la majorité de ses parts et ne conserve que 19,9% de son ancienne filiale Amplats, désormais renommée Valterra Platinum et valorisée plus de 10 milliards d’euros sur les bourses de Johannesbourg et de Londres. Pour l’instant, la nouvelle venue s’en sort bien avec un cours en hausse d’environ 15% depuis l’annonce.
Anglo American se recentre sur le cuivre
Depuis la tentative de rachat avortée par BHP – initiée en avril 2024 et pour laquelle l’australien était prêt à débourser jusqu’à 49 milliards de dollars – Anglo American a entrepris une vaste restructuration. L’objectif affiché est un recentrage sur ses activités les plus porteuses : le cuivre, le fer et les fertilisants agricoles (potasse et phosphate). Le géant minier britannique vend donc ses mines de charbon métallurgique australiennes (à Peabody), son nickel brésilien (à MMG Singapore Resources), et prévoit de faire de même avec De Beers, sa filiale diamantaire en difficulté face à l’émergence des alternatives de synthèse.
Mais les platinoïdes, produits par Valterra Platinum en Afrique du Sud et au Zimbabwe, sont d'une autre ampleur. Dans un récent document dédié aux investisseurs, l’entreprise assure avoir les plus grandes réserves du monde de ce panier de métaux rares – où l’on retrouve du platine, mais aussi du palladium, du rhodium ainsi que de l’iridium et du ruthénium en moindre quantité. Il en a raffiné 3 millions d’onces en 2024, aux deux tiers à partir de son propre minerai.
Problème : les prix du palladium ont été divisés par deux en trois ans, tandis que le rhodium, qui avait battu tous les records en 2021 en atteignant 27000 dollars l'once, s'est échangé sous la barre des 5000 dollars en 2024. Sans connaître de telles baisses, les prix du platine n'ont pas non plus brillé.
Les cours du platine remontent
Mais cela change ! Entre début mai et le 12 juin, l’once de platine a bondi de 30%, à plus de 1250 dollars – son plus haut depuis 2021 - tandis que le palladium a gagné 10%, selon BullionVault. De quoi donner du grain à moudre à ceux qui croient à l'avenir radieux de Valterra. «Il y a des arguments solides en faveur d'une demande durable», argumentait déjà le PDG de Valterra, Craig Miller, lors de la scission. Selon l'entreprise, les platinoïdes représentent un marché de 24 milliards de dollars par an. En valeur, les deux tiers du platine, du palladium et du rhodium servent à produire des catalyseurs pour l’automobile thermique. Un peu plus d’un quart a des usages industriels, en tant que catalyseurs dans la chimie et ingrédients de certains composants électroniques ou de verres spéciaux (dont les écrans LCD). Le reste va dans la joaillerie, où la demande croît notamment pour le platine, utilisé comme une alternative à l’or – devenu hors de prix – où est acheté par des investisseurs financiers.
Optimiste, Valterra souligne dans sa présentation que la production de voitures neuves continue de croître dans le monde, que l'adoption des véhicules électriques est plus lente que prévu, et que les normes antipollution et de tests plus stricts devraient favoriser la demande. La mode des véhicules hybrides devrait aussi jouer. Le World Platinum Investment Council (WPIC) rappelle d’ailleurs, dans son dernier bulletin trimestriel, que le marché du platine devrait atteindre un déficit record en 2025 !
Difficile, pour autant, d’avoir une confiance aveugle dans le futur du marché. Cette année, la demande devrait être en légère baisse en raison d'une moindre activité industrielle dans le verre, note le WPOC. Le déficit de 2024, comme celui prévu pour 2025 s’expliquent surtout par la baisse de l’activité minière dans le monde (le secteur a perdu 7500 emplois l’année dernière). Celle-ci est exacerbée par des inondations en Afrique du Sud et des fermetures de mines en Amérique du Nord, note le WPIC. «De nouvelles baisses des prix des platinoïdes ou des sous-produits, tels que le chrome, sont susceptibles d'entraîner des restructurations supplémentaires et des réductions de l'offre», écrit l’institution. Ce qui ne veut pas dire que les producteurs les plus compétitifs ne peuvent pas sortir leur épingle du jeu.



